Les nouvelles technologies, une réponse aux dilemmes linguistiques des éditeurs ?

Entretien avec Taghreed El Najjar, auteure et éditrice chez Al Salwa (Jordanie)

Propos recueillis par Hasmig Chahinian

Photographie de Taghreed El Najjar

Taghreed El Najjar, auteure et éditrice de la maison d’édition Al Salwa en Jordanie, a été l’une des premières dans le Monde arabe à profiter de la révolution numérique pour promouvoir ses publications. Ainsi, son site internet propose des liens pour télécharger des applications pour IPhone et IPad basées sur des ouvrages publiés récemment par Al Salwa, et la consultation, sur Youtube, d’extraits des DVD accompagnant les livres. Comment gère-t-elle la question des langues dans ce contexte ?

En quelles langues publiez-vous ?

Nous publions en arabe mais nous proposons aussi des livres bilingues (arabe-anglais) accompagnés de CD ou de DVD comme [Une maison pour petit lapin] بيت للأرنب الصغير.

Avez-vous envisagé de publier des livres en arabe dialectal jordanien ? Pourquoi ?

Je ne pense pas que cela soit la problématique la plus importante du moment. Notre priorité est de publier une littérature pour enfants de qualité. Il y a encore beaucoup de débats et de controverses à ce sujet. Dans l’état actuel des choses, nous souffrons de l’étroitesse du marché pour nos livres. Pourquoi, alors, le rendre encore plus étroit en ne s’adressant qu’à un segment réduit de la société, en aliénant ou en écartant le reste ?

Je pense aussi que nous pourrons bientôt proposer l’arabe dialectal comme une option dans les applications proposant des histoires ; ainsi, un enfant pourra choisir d’écouter l’histoire en arabe classique, dans son propre dialecte ou même dans une autre langue.

Le problème est qu’il y a de très nombreux dialectes qui sont différents les uns des autres dans un même pays. Lequel choisir est une question qui mérite d’être posée…

Les livres que vous publiez atteignent-ils d’autres pays ? Lesquels ?

Nos livres se vendent très bien au Liban, en Palestine, dans les pays du Golfe et à l’étranger, partout où vivent des populations arabes. En fait, nos livres se vendent mieux en dehors de la Jordanie, peut-être pour des raisons économiques.

[Les Comptines de la petite enfance] أهازيج الطّفولة المبكرة sont une belle réussite. Elles ont été très bien reçues en France. Ont-elles du succès en Jordanie ? Ont-elles atteint d’autres pays ?

Nous étions très contents de constater le succès des Comptines. Nous sommes heureux de vous annoncer que nous avons débuté le deuxième volet de ce projet.

Notre préoccupation principale recoupe votre deuxième question : un grand nombre de comptines que nous avons recueillies est en arabe dialectal et provient des Bilad al Cham1. Ces comptines sont bien accueillies en Palestine, au Liban, en Syrie, en Irak et en Jordanie, bien sûr. Cependant, les jardins d’enfants et les écoles des pays du Golfe refusent d’acheter notre publication, car les comptines ne sont ni en arabe classique ni dans leur dialecte local. Certaines institutions éducatives, qui ont des instituteurs libanais ou jordaniens, vont l’acquérir, car les enfants sont déjà familiarisés avec ces dialectes.

Notes et références

1. Le terme Bilad al Cham désigne le Machreq ou zone regroupant la Jordanie, le Liban, la Palestine et la Syrie.


Pour aller plus loin

  • Le site de la maison d’édition. [Consulte le 08.02.2012]

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