« Lire en fête » à Tlemcen en Algérie

Par Nadia Touil, Responsable déléguée de la médiathèque de l'Institut français de Tlemcen

Photo de Nadia Touil

La troisième édition du festival national « Lire en fête » qui propose un ensemble de manifestations autour du livre, s’est déroulée à Tlemcen du 1er au 15 septembre 2013. Ce qui frappe dans cette initiative, c’est l’implication de tous ceux qui travaillent au quotidien pour faire vivre le livre et la lecture dans cette région du Nord-Ouest de l’Algérie : bibliothécaires, enseignants, auteurs, éditeurs, libraires, associations, conteurs… Pendant ces deux semaines, chacun pouvait trouver matière à réfléchir, à se cultiver et à se distraire.

Une mobilisation de tous les acteurs du livre et de la lecture

Organisé chaque année par la direction de la culture de la Wilaya de Tlemcen et ce depuis trois années consécutives, ce festival se déroule aussi dans plusieurs autres villes du pays notamment à Sidi-Bel-Abbès, Mostaganem, Chlef, Aïn Defla et Ténès. Cette année, il comportait, entre autres, plusieurs activités et animations prises en charges par le personnel de la Direction de la culture, des associations culturelles de la ville et du personnel des bibliothèques locales, notamment la bibliothèque Mohamed Dib ; ainsi que par des auteurs et conteurs pour les adultes et pour la jeunesse, comme Abderrahim Benmansour, Rostane Rachida, Dalila Hassain Daouadji, Siham Kennouche,…

Une programmation riche et variée en direction de tous les publics

Ainsi étaient proposés des ateliers d’écriture, des ateliers pour sourds-muets à la bibliothèque de lecture publique Mohamed Dib animés par Anouar Benchouk, des ateliers conte, des concours de dictée, un spectacle théâtral, des activités de jeux de mots, un atelier d’écriture de poésie et de conte, des ateliers sur la fabrication de livres animés par la maison d’édition Les trois pommes de la ville d’Oran.
Un colloque régional portant sur le besoin impératif de réintégrer la lecture dans le milieu scolaire, voire de la rendre obligatoire (un livre par trimestre au minimum) a été organisé avec le soutien de la direction régionale de l’éducation.
Des conférences et ateliers autour de l’art et de la manière de lire, étaient animés par des professeurs et des spécialistes en bibliothéconomie.
Il y avait aussi des ateliers d’initiation à la calligraphie arabe.
Un salon du livre s’est tenu au palais de la culture « Abdelkrim Dali » de la ville de Tlemcen. On y trouvait des livres aussi bien en arabe qu’en français, d’auteurs étrangers et algériens. Des maisons d’éditions étrangères et algériennes y participaient notamment Milan jeunesse, Hachette jeunesse et ce, pour le plus grand plaisir de nos petits et grands lecteurs. C’était aussi, n’oublions pas de le préciser, l’occasion pour nos libraires de présenter la rentrée littéraire 2013.
Des bibliobus circulaient dans les communes avoisinantes de la ville.
Les librairies locales exposaient des livres de toutes disciplines, en arabe et en français, avec une majorité de livres scolaires selon le niveau des élèves puisque nous étions en pleine rentrée scolaire.
Une exposition de recueils de poèmes pour enfants a également été présentée.
Tables rondes et rencontres avec des écrivains algériens et surtout locaux étaient organisées.
Des visites avaient également été prévues dans les lieux historiques de la ville notamment le palais royal d’El Mechouar, le Musée des arts et histoires, le minaret d’El Mansourah, les grottes de Béni Add,… Une belle façon de valoriser le patrimoine.

Le contexte éditorial

Malheureusement, en Algérie, le secteur de l’édition n’est pas encore très développé pour les petits, les éditions jeunesse sont axées en priorité sur les éditions d’ouvrages scolaires (exercices et corrigés en mathématiques, grammaire, sciences…), et non pas sur les romans, même si nous trouvons parfois des grands classiques français commeLes Misérables, Notre Dame de Paris… traduits en arabe et en version simplifiée, spécialement conçus pour les écoliers. Les auteurs présents lors de cette manifestation étaient surtout des conteurs locaux (Tlemcéniens) comme : Abderrahim Benmansour et Siham Kennouche.

Les difficultés de la lecture à l’école

Des enseignants ont tiré la sonnette d’alarme face au recul de la lecture au sein du monde scolaire, dû à la quasi inexistence de bibliothèques à l’école, hormis un collège pour filles « Salima Taleb ex.Mechkana », qui met à la disposition de ses élèves une petite bibliothèque néanmoins très bien fournie (on peut y trouver aussi bien du Balzac que du Flaubert, en passant par Pearl Buck….). Ils ont estimé impérieux d’exiger des élèves la lecture d’un livre par mois, avec obligation pour eux d’en faire un résumé pour s’assurer qu’il a été bien lu ou au moins parcouru dans ses différents chapitres.

La lecture publique à Tlemcen

Rappelons qu’à Tlemcen, il existe actuellement quatre bibliothèques de lecture publique : la bibliothèque municipale, la nouvelle bibliothèque Mohamed Dib, la bibliothèque de la Maison de la culture et la médiathèque de l’Institut Français d’Algérie, toutes ouvertes sans limite d’âge à partir de 6 ans en moyenne hormis celle de l’Institut français qui accueille les enfants à partir de 8 ans, âge du début de la scolarité en français ; ceci dit, sont programmés tout au long de l’année, notamment en juin, des spectacles pour le jeune public (crèches et préscolaires) au niveau de l’IFA : clowns, cinéma, lecture de contes…

Le problème majeur qui se pose est la baisse de lecture en premier lieu dans les foyers, dû au manque de temps des parents, surtout depuis que l’outil informatique et internet ont pris le dessus sur la lecture.
Cette « lacune » si nous pouvons l’appeler ainsi est flagrante surtout entre les générations : ceux nés à partir des années 90 sont nettement moins lecteurs que ceux nés dans les années 80 ou avant…

De l’importance de « Lire en fête »

Le Directeur de la culture de Tlemcen, M. Hakim Miloud, commissaire du festival a souligné dans son mot d’ouverture l’intérêt d’une telle rencontre qui « vise à encourager la lecture en arabe et en français au sein du milieu scolaire et à susciter auprès des élèves un engouement pour le livre, qui demeure leur meilleur compagnon durant tout leur cursus éducationnel et bien au-delà ».

La manifestation, selon le Directeur du Palais de la culture M. Tahar Arris, est une « occasion de faire revivre la lecture à Tlemcen où elle a perdu sa vocation. Pendant les deux semaines de ce festival, on tentera d’inculquer aux jeunes et moins jeunes, que lire, au sens strict, c’est se mettre à l’écart du monde qui nous entoure, pour nous concentrer sur les signes du livre que nous avons entre les mains ».

Notons aussi que durant toute la durée de ce festival, il a été lancé un appel en direction des parents (très présents avec leur progéniture lors des différentes animations et projections) afin qu’ils saisissent cette opportunité et déploient des efforts pour offrir un soutien approprié aux enfants.

Le public présent durant toute la durée du festival a témoigné de son plaisir et a souligné l’utilité de cette manifestation et son souhait de voir des initiatives similaires se mettre en place dans un futur proche.
C’était une vraie joie et un grand plaisir de voir notre ville en effervescence et tous unis pour un même but : Lire, lire, lire et faire lire.


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