Maintenir le lectorat jeunesse à Maurice :

l'Atelier des nomades pendant et après le confinement

Par Corinne Fleury, Directrice de la maison d'édition l'Atelier des Nomades

 

 

Pendant le confinement, il était important pour nous de maintenir le lien avec notre public. Travailler tous ensemble: éditeur, auteurs et illustrateurs en confiance permet de mettre en commun l'énergie de tous, d'avancer et d’envisager l’avenir sous un meilleur jour à Maurice.

 

 

 

 

Le secteur du livre jeunesse à Maurice pendant et au-delà du confinement : perte du lectorat et fragilité

Maurice a adopté un confinement strict de deux mois et demi accompagné d’une fermeture des frontières pendant six mois. Le trafic aérien grand public a repris lentement depuis début octobre.

Pendant le confinement, l’édition du livre en général et pour la jeunesse en particulier a subi un arrêt soudain des ventes avec la fermeture des librairies. Le secteur du livre a continué à être sévèrement éprouvé après le confinement car la fermeture des frontières a impacté lourdement le secteur du tourisme. Le lectorat étranger, les expatriés et les touristes, est important pour l’île.

Le gouvernement a mis en place des mesures d’accompagnement comme la prise en charge des salaires pendant le confinement. Un soutien a été proposé pour le secteur du livre sous forme de commandes publiques aux auteurs et aux éditeurs. Les libraires et distributeurs n’ont reçu, quant à eux, aucune aide spécifique aux livres.

Le secteur du livre était précaire avant la Covid-19, il est d’autant plus fragilisé aujourd’hui. Le coût du transport aérien a explosé et la roupie mauricienne connaît une dépréciation importante. Par ailleurs, l’incertitude, la baisse des salaires et la perte d’emploi ont engendré un changement dans le comportement des Mauriciens qui sont plus prudents dans leur consommation.

Pour les éditions Atelier des nomades, réagir et s’adapter sont les priorités !

 

Avec un recul de 25% de notre chiffre d’affaires à Maurice entre mars et juillet, nous avons revu notre plan d’édition à la baisse.

Certains titres qui étaient prêts à partir en impression ont été reportés à l’an prochain. Certaines réimpressions ont aussi été décalées. Il était difficile de prévoir quand les frontières allaient s’ouvrir. Nous avons préféré maintenir les titres avec un fort potentiel auprès des Mauriciens comme le roman Côté cour, côté jardin de Franck Lacorre qui parle du racisme passif et du déterminisme social à l’île Maurice. Nous avons ainsi différé la sortie des titres du segment art de vivre et tourisme qui touchent essentiellement les étrangers comme la nouvelle édition de Petits plats gourmands de l’île Maurice de Robert Grenouille.

Le festival du livre jeunesse dont nous sommes l’organisateur a aussi été reporté à l’an prochain.
 

Conserver le lectorat des jeunes : un objectif primordial

 
 

Pendant le confinement, il était important pour nous de maintenir le lien avec notre public. Nous avons proposé des contenus gratuitement en accord avec nos auteurs : des livres en ligne ou des jeux à imprimer à partir de nos titres. Une de nos auteures, Yianna Amodine, qui est aussi lectrice en médiathèque, a gentiment fait un enregistrement sonore du roman jeunesse La Ravanne de Daniella avec les moyens du bord ! Cette lecture sonore a été proposée gracieusement au public. Nous avons par ailleurs mis en place des concours en partenariat avec une école. Et, depuis la fin mai, nous redoublons d’énergie pour conserver notre lectorat. Nous continuons à travailler avec nos partenaires locaux (librairies, bibliothèques, centre culturel etc) pour faire vivre le livre : spectacle, lancements, rencontres, dédicaces, ateliers, expositions etc.

 

Une équipe soudée et qui croit en l’avenir : éditrice, auteurs et illustrateurs tous ensemble !

L’avenir de notre maison d'édition nous a beaucoup préoccupés ces derniers mois, mais nous n’avons jamais cessé d’y croire.

Nous avons la chance de travailler avec des auteurs et des illustrateurs formidables et des partenaires de confiance. Cette énergie commune a été salvatrice, elle nous a permis d’avancer et d’envisager l’avenir sous un meilleur jour à Maurice.

                             

Par ailleurs, nous sommes présents depuis quelques mois en France avec une diffusion en métropole par la CEDIF, diffuseur indépendant,  et une distribution par Pollen. Nous espérons l’an prochain développer le marché international. En attendant, nous publions en cette fin d’année deux albums jeunesse : Rêve d’oiseau de Shenaz Patel et Emmanuelle Tchoukriel, disponible en librairie et Un Flamboyant père Noël de Fabienne Jonca et Iloë, à paraître en novembre.

Et un livre documentaire sous le label « Le livre équitable », 1001 activités autour du livre.

Un beau projet entre les éditions Casterman et 10 éditeurs africains et indianocéaniques de l’Alliance des éditeurs indépendants. Un modèle de synergie et de solidarité malgré le contexte !


Pour aller plus loin

Après des études de lettres et d’édition, Corinne Fleury fonde en 2010 l’Atelier des Nomades avec Anthony Vallet. Elle tend, par sa maison, à valoriser la culture de l’océan Indien à l’île Maurice et à l’étranger. Elle compte une trentaine de titres à son catalogue : romans, jeunesse, livres pratique. Corinne Fleury s’engage aussi dans des actions pour promouvoir la lecture. Elle est l’organisatrice du Festival du livre jeunesse de l’île Maurice.

Site de l'Atelier des Nomades

https://www.facebook.com/atelierdesnomades/


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