Livres d’images — Afrique

Coup de cœur

Adi de Boutanga

Langue : français

Auteur : Alain Serge Dzotap
Illustrateur : Marc Daniau
Lieu d'édition : Paris
Éditeur : Albin Michel Jeunesse
Année d'édition : 2019
Nombre de pages : 32 p.
Illustration : Couleur
Format : 34 x 24 cm
ISBN : 978-2-226-44076-1
Âge de lecture : À partir de 8 ans
Prix : 18 €

Couverture de : Adi de Boutanga

Les pages de ce grand album, pleines de vie, de chaleur, de couleur et d’espoir, racontent toute une jeune vie. Celle d’Adi, Adidjatou, qui en déroule le récit, elle qui a aujourd’hui 22 ans. Elle se remémore ses 13 ans lorsqu’elle était encore une insouciante enfant, joyeuse, joueuse, créant des poupées avec les herbes du fleuve et s’occupant de ses frères et sœurs. Elle appartient au peuple des Bororos, éleveurs nomades dont les « pieds – comme dit sa mère – ne risquent pas de prendre racine ». Mais ça, ce n’est plus tout à fait vrai, car aujourd’hui au Cameroun, ils sont de plus en plus sédentarisés et convertis à de nouveaux métiers. Adi aime aussi son école offerte par Mama Ly et Monsieur. Et aussi les mots, tous les mots, si pleins de mystère…

Le ciel s’obscurcit brutalement le jour où son oncle décide de son mariage… et le ton change à la mesure de ce danger qui anéantit tout espoir. Pour échapper à cette injonction traditionnelle qui fait de ses jeunes compagnes mariées, « de jeunes pousses de maïs brulées par le soleil »,  il y aura un difficile chemin à parcourir : ses parents, son père en tout premier lieu, l’éloigneront du village pour qu’elle soit à l’abri dans une institution où l’on prend en charge les jeunes filles en leur apprenant un métier.

Adi existe vraiment. L’institution qui l’a accueillie est une fondation située dans le monde Bamiléké sur les hauts plateaux camerounais. Leur art du bois, des tissus, des perles, de l’architecture est remarquable. L’album se clôt par une double page riche d’information sur ces peuples, l’école au Cameroun, les langues du pays, y compris le « camfranglais » !

L’apparente simplicité du récit, enjoué, vivant et non dénué d’humour d’Alain Serge Nzotap, auteur camerounais très engagé dans la littérature de jeunesse (lire l’articleque lui consacre Kidi Bebey), ne masque aucunement, bien au contraire, le propos qu’il veut servir : l’enjeu vital que représente l’éducation des filles. Les images du français Marc Daniau – scènes éclatantes de vie, teintes chaudes couleur latérite ou motifs de wax africains servant de cadre au texte – contribuent magnifiquement à ce plaidoyer pour qu’évoluent les mentalités. La fondation Jean-Félicien Gacha à Bangoulap, à qui l’auteur verse une partie de ses droits, en est un exemple. Hommage rendu à ces écoles, fondations ou ONG qui peuvent changer le cours sombre de jeunes vies.

ML