Bandes dessinées — Afrique

Coup de cœur

L’Enfant noir

Langue : français

Auteur : Camara Laye
Illustrateur : Camara Anzoumana
Lieu d'édition : Pavillons-sous-Bois
Éditeur : Esprit Libre Junior
Année d'édition : 2010
Nombre de pages : 68 p.
Illustration : Couleur
Format : 30 x 23 cm
ISBN : 978-2-9537829-0-5
Âge de lecture : À partir de 10 ans
Prix : 13,90 €

jeune enfant jouant assis par terre, cases à sa gauche, fonds jaune

L’écrivain guinéen Camara Laye publie L’Enfant noir, oeuvre très vite devenue emblématique, en 1953. Il poursuit alors ses études en France pendant quelques années tout en travaillant – il a 25 ans. C’est son premier ouvrage, et, cinq ans plus tard, son pays sera le premier d’Afrique à s’émanciper de la France coloniale. De ce récit autobiographique - récit des origines par excellence -, il ne semblait pas, a priori, évident de faire une bande dessinée. Comment, en effet, garder d’un texte si classiquement écrit, la pureté de la langue, ces remémorations infiniment nostalgiques d’une enfance traditionnelle dans une société où l’ordre des choses semble immuable, entre une mère à la forte personnalité qui chérit son fils, un père forgeron malinké dont le savoir est réputé, tandis que les dons scolaires de l’enfant laissent présager qu’ils l’emmèneront bien loin ?


Or, l’entreprise est réussie et c’est en partie, sans doute, grâce à la fidélité portée à l’oeuvre. Il ne s’agit pas vraiment ici d’une adaptation dans la mesure où le texte, en extraits choisis bien sûr, est totalement respecté au mot près, de même que l’enchaînement de tous les épisodes qui structurent le récit : la case de la mère, l’épisode du serpent, le travail de l’or porté par les déclamations des griots, les séjours chez la grand-mère, le monde cruel de l’école et la chaleur des amitiés, la circoncision - épreuve initiatique majeure et centrale -, le grand départ pour Conakry à 600 km, la formation au lycée technique, avant que l’ouvrage ne se ferme sur l’arrachement décisif que constitue le départ vers Paris. Respectées aussi, et ce n’est pas le moindre, toutes ces références aux esprits, au merveilleux, aux pouvoirs. L’illustration, classique, sensible, du dessinateur Camara Anzoumana, cousin de l’auteur, est, dans des tons un peu éteints, toute en proximité avec ce texte à l’imparfait qui sait, malgré les coupes imposées, éviter des ruptures de ton. Elle l’accompagne avec discrétion et authenticité. Il faut donc se réjouir de cette édition qui, sans être particulièrement novatrice, offrira à un plus large public la possibilité de goûter à ce grand classique de la littérature africaine, sans qu’en soient altérées la grâce, la fraîcheur, la grande sensibilité. En filigrane, il y a les joies, les émerveillements mais aussi bientôt les questionnements, les ambitions, les inquiétudes et les déchirements d’un enfant, d’un adolescent qui s’engage dans une vie qu’il pressent irrémédiablement autre. Il y a enfin ces beaux personnages évoqués – humbles, dignes, aimants.


Précieuse fidélité, enfin, avec la dédicace « À ma mère », qui ouvre le roman (et ici la bande dessinée), si émouvant poème devenu à lui seul une référence. Une bande dessinée qui est aussi une belle incitation à revenir à sa source.

ML


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Commentaires

très bel article !!!

Votre article, merveilleusement bien écrit, pousserait celui qui n'a jamais lu ce roman à s'y plonger. Le "back to roots", le retour à la source, est très recherché de nos jours, surtout au sein des populations jeunes cruellement en quête de repères.
Merci à vous de contribuer à cette démarche, avec ces quelques lignes très inspirées...