Contes — Afrique

Masɔmándala : (Tɔ Jέki ditúdū na dísadi)

Masomandala : (Ou Jêki l’aîné et Jêki le cadet). Tomes I et II. Trilingue duala-français-ewondo

Masɔmándala : (Nge kig Jέki nyiámodo báan Jέki mפּngפּ)

Langue : français

Auteur : Kum’a Ndumbe III
Illustrateur : Christian Kingué Epanya
Traducteur : trad. en français et en ewondo Jeanne Awono Ndongo
Lieu d'édition : Douala, Berlin
Éditeur : AfricAvenir, Exchange & Dialogue
Année d'édition : 2008
Nombre de pages : 106 p. , 125 p.
Illustration : Couleur
Format : 32 x 24 cm
ISBN : 978-3-939313-80-9 et 978-3-939313-18-2
Âge de lecture : À partir de 14 ans
Prix : 39,50 € et 43,50 €

un homme est porté par un autre sous le regard d'autres hommes, tous torse nu avec des pagnes noués à la ceinture

Saluons, tout d’abord, la parution d’un tel ouvrage, car voici l’édition, dans une version illustrée et grand public, d’une œuvre littéraire majeure du patrimoine africain, issue de la tradition sawa du Cameroun (une population englobant les Duala) et qui fait partie des grandes fresques classiques qui peuvent être déclamées et chantées. Mais c’est aussi un récit qui tend à disparaître, alors qu’il connaît toujours un succès populaire pour peu qu’il soit donné à entendre. L’épopée de Masomandala (qui veut dire « inventions de l’extraordinaire » dans la langue duala), de tradition orale, a été transcrite à la fin du XIXe siècle. Si elle a fait, depuis, l’objet d’éditions, c’est sous des formes savantes ou peu accessibles. Elle est ici racontée dans sa version ancienne de 1890-1911.Les deux tomes offrent à la lecture le texte en duala, ses traductions en ewondo et en français. Ils nous content, en de multiples épisodes (qui peuvent être lus ou racontés isolément), les démêlés du roi Masomandala avec les deux fils qu’il eut de la moins aimée de ses femmes – Jêki l’aîné et Jêki le cadet, aux dons surnaturels « nés pour être des hommes miraculeux ». Ce roi puissant ne veut partager ni son pouvoir, ni sa richesse et lance sans fin à ses fils des défis de toute nature dont ils ne devraient pas sortir vivants. Au point qu’il finira un jour, après avoir tué l’aîné, par être tué in extremis par le cadet (qui redonnera vie à son frère). Il s’agit de récits héroïques, merveilleux et burlesques livrés sur un ton familier, parfois entremêlés d’incantations ou de chants en duala. Ils peuvent se lire comme les épreuves initiatiques nécessaires à des fils pour s’affranchir d’un père jaloux, violent, avide de pouvoir et qui ne les aime pas. Mais les frères, liés par un amour puissant, héritiers des pouvoirs de leur mère, grande initiée, obéissent à ce père qui se refuse à transmettre. C’est ainsi que de naissance et croissance prodigieuses en métamorphoses multiples, expéditions punitives et voyages dans l’au-delà, ils affrontent, guidés par leur oracle, maints et maints dangers, détruisent et reconstruisent, pacifient ou donnent la vie et la mort, ce qui ne les préservera pas en définitive d’être tués. C’est étrange, familier, drolatique, violent, sans cesse surprenant. Face à de tels récits épiques, et si l’on est extérieur à la culture dont ils sont issus, le sens premier est souvent seul perceptible. C’est dire a contrario l’importance de leur survie pour la culture qui les porte, avec le message social, éducatif, et philosophique qui est le leur. L’auteur (et préfacier), Kum’a Ndbumbe III, explicite pour nous ce message : « La première richesse ce sont les hommes qui t’entourent (…) Si la puissance t’est donnée et que tu l’utilises à ton seul profit, tu as creusé ta tombe (…) Donne la paix, l’amour, construis le pays ». Ce que viennent éclairer par ailleurs les propos de Catherine Ahonkoba qui conte cette épopée en France, précisant qu’elle est « une métaphore des forces contraires et complémentaires qui constituent la dynamique de l’univers, mais également de la lutte de l’homme pour la maîtrise des bas instincts et pour l’accès à la civilité et à l’espérance ». L’auteur a porté ce projet dans le cadre de l’association éditoriale AfricAvenir/Exchange & Dialogue qui édite des ouvrages dans les langues camerounaises, en français, anglais et allemand, et ici dans le cadre d’une coopération entre associations nationales et internationales. Louer l’intention de cette entreprise ambitieuse doit autoriser à en dire, à regret, les limites. De premier abord, les ouvrages sont d’une grande qualité matérielle – soignés, beau papier, grand format, recourant à un illustrateur de renom, Christian Epanya, proche de cette culture. Mais leur prix est totalement dissuasif, pour ne pas dire qu’il les condamne. Très peu y auront accès et sans doute pas même les bibliothèques africaines dont on sait la faiblesse des moyens et pour lesquelles ils seraient précieux. Grave aussi, la très mauvaise qualité des reproductions (pixellisation, disproportion…), les imprécisions et nombreuses fautes et enfin la pesanteur du style qui peut être celui d’une forme d’oralité, mais qui entrave la lecture. La page de couverture elle-même souffre d’imprécisions sur le contenu de l’ouvrage. Une condamnation de cette édition ne saurait être de mise, mais le projet mérite de repenser la forme éditoriale pour que véritablement la démarche de l’auteur et de l’association atteigne son objectif et l’essentiel, son public.

Bibliographie :

- Pierre Célestin, Tiki A Koulle A Penda, Les Merveilleux exploits de Djeki la Njambé. Douala, Collège Libermann, 1987.

- Lilyan Kesteloot, L’Épopée traditionnelle. Paris, F. Nathan, 1971. (contient une version de cette épopée)

- Auguste-Léopold Mbondé Mouangué, Eric de Rosny (préf.), Lilyan Kesteloot (prés.), « Pouvoirs et conflits » dans Jèki la Njambé : Une épopée camerounaise. Paris, L’Harmattan, 2005.

- Manga Bekombo Priso (éd.), Défis et prodiges : La fantastique histoire de Djèki-la-Njambé : récit épique dwala dit par Jo Diboko’a Kollo. Paris, Armand Colin, 1994 (Classiques africains).

ML


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