Benzo, chantre infatigable de la culture créole

Propos recueillis par Nathalie Beau

Photo de Benzo en train de raconter

Dans les îles comme en Métropole, dans les Salons du livre comme dans les studios radio, dès que l’occasion se présente, Benzo raconte et chante le patrimoine oral guadeloupéen. À Capesterre où il vit et enseigne, il cherche sans cesse à défendre la cause du créole. Ce dossier se devait d’aller à sa  rencontre pour mieux comprendre les sources et les motivations de son infatigable engagement

Comment est née votre conscience de la valeur du patrimoine de votre île ?

J’ai été élevé dans une grande famille avec trois conteurs et j’ai eu la chance de fréquenter l’un d’entre eux, au moins une heure par jour, pendant mes quinze premières années ; lui-même était le fils du conteur du quartier. On pouvait écouter des histoires deux à trois fois par semaine, à la tombée de la nuit, sous un arbre, dans la cour ou devant la porte d’une case…
Mais ma prise de conscience de la valeur de ce patrimoine a eu lieu au lycée : en effet, au dortoir de l’internat, j’ai commencé à dire des contes et, ensuite, pendant trois ans, j’ai conté devant le public des internes, certains soirs après le dîner. C’est à ce moment-là que j’ai constaté que ces histoires de mon enfance intéressaient aussi les autres. Depuis, je me suis mis à les valoriser, à les partager. J’en ai aussi créé un certain nombre et, actuellement, mon répertoire dépasse la centaine.

Comment est né votre désir de partager ce patrimoine ?

À l’âge de 19 ans, je suis entré dans l’enseignement, j’ai continué à dire des contes à mes élèves qui en raffolaient. Mon désir de partage s’est encore accru lorsque la radio locale a fait appel à moi pour la présentation de deux émissions, l’une pour la jeunesse et l’autre sur les contes et légendes. Outre l’enseignement et les émissions de radio, tous les moyens me semblaient intéressants pour partager et défendre notre patrimoine oral : les veillées culturelles, les livres pour enfants, le théâtre, les associations…
Par ailleurs, aux Antilles, il y a très peu de publications sur la littérature orale. Je les ai consultées, ainsi que d’autres ouvrages que j’ai acquis lors de ma participation à des Festivals au Congo, en Côte-d’Ivoire et à différents Salons du livre en France métropolitaine.

Ce patrimoine est-il en danger ?

Ce patrimoine continuera à être en danger si les instances culturelles ne mettent pas en place des moyens pour le collecter – il reste beaucoup de choses à faire connaître –, pour le valoriser, et pour former des personnes-ressources qui soient des sortes de « bibliothèques vivantes » afin de le perpétuer. De mon côté, j’ai réalisé ma petite collecte sur les jeux et jouets traditionnels, les recettes médicinales, les croyances, les superstitions, les proverbes… Aujourd’hui, si, par le biais de la télévision, on se laisse envahir par tout ce qui vient d’ailleurs sans que nous puissions dire aux autres cultures qui viennent à nous « nous avons aussi des choses à proposer, à partager », on sera très vite anéanti.
Mais ce patrimoine doit être structuré pour pouvoir servir de monnaie d’échange.
Les pouvoirs publics, souvent, nous félicitent pour la diversité des projets que nous leur proposons, mais ils ne s’engagent pas assez dans leurs financements.

Quels aspects de ce patrimoine vous passionnent le plus ?

Tout ce qui est lié à l’oralité me passionne : la langue créole, les contes, les légendes, les proverbes, les jeux traditionnels…
Rappelons que le créole est la langue maternelle de 80% des Guadeloupéens. Elle permet de protéger l’authenticité du patrimoine immatériel et offre aux aînés la possibilité de mieux le transmettre.

Votre démarche vous semble-t-elle comprise et partagée par les Guadeloupéens ?

Ma démarche est comprise et très bien acceptée par les Guadeloupéens qui accueillent chaleureusement mes productions culturelles et ne cessent de m’encourager quotidiennement.
Les enfants sont très friands de leur patrimoine, à condition de les y intéresser dès leur plus jeune âge. Mes livres sont bien accueillis et lus, à la bibliothèque, à l’école comme en famille.


Pour aller plus loin

Biographie

Benjamin Moïse, dit Benzo, est enseignant, conteur, comédien, musicien et traducteur. Il écrit des livres pour enfants et des ouvrages pour apprendre le créole. Il enregistre des disques, produit des spectacles de contes, des pièces de théâtre et des émissions pour enfants...

Blog de l’auteur : Benzo le conteur guadeloupéen [Consulté le 05.03.2013]

Bibliographie

Ouvre tes yeux et lis, méthode de lecture au CP, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2013.

Alèz pou maké kréyòl, nouvelle méthode pour apprendre à lire et écrire le créole, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2013.

Benzo raconte, ill. John-Ka Martel, Matoury, Ibis Rouge, 2012.

Le Mariage de la lune et du soleil, ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

Cocobino et Tikitak, ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

Polomé,ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

La Grève des cochons, ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

Zazout et les Œufs du crocodile, ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

Le Petit Garçon et la Flûte, ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

Le Bal de compère Tigre, ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

Pawòlan-nou, ill. Édouard Joureau, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2010.

Le Trésor d’Alvaro, Gourbeyre, Éditions Nestor, 2009.

Dictionnaire des expressions créoles, Le Lamentin, Éditions Désormeaux, 2004.

Astuces et règles de base pour apprendre à lire et à écrire le créole, Matoury, Ibis Rouge, 2006.

Zazout, ill. John-Ka Martel, Matoury, Ibis Rouge, 2004.

Benzo raconte... Lavi lontan pa bò kaz an mwen – suivi de Ma campagne d’autrefois, Matoury, Ibis Rouge, 2002.

Mano et autres contes, ill. John-Ka Martel, Matoury, Ibis Rouge, 2000.

Ti-Jean, ill. John-Ka Martel, Matoury, Ibis Rouge, 2000.

Compère Lapin, ill. John-Ka Martel,Matoury, Ibis Rouge, 1999.


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