Construire une présence sur le web : conseils pratiques

Par Xavier Galaup, Directeur de la Médiathèque départementale du Haut-Rhin (France), Trésorier de l'Association des Bibliothécaires de France

portrait photo X Galaup

Le contexte et les enjeux d'une présence web

Internet fait partie de la vie de plus de 2,5 milliards de personnes dans le monde. Nous avons basculé dans un monde numérique et il n'est plus une option ou une marotte réservée à des technophiles. Les ordinateurs portables à bas coût, les tablettes et encore plus les smartphones ont popularisé le web qui est profondément inscrit dans notre quotidien.

Les bibliothèques ne peuvent plus se contenter d'avoir des sites internet plus ou moins à jour et attractifs, elles doivent maintenant participer à ce monde numérique et l’investir. Comme nous l'indiquions dans l'ouvrage Développer la médiation documentaire numérique (Presses de l'Enssib, 2012, aussi accessible gratuitement en ligne), la médiation documentaire numérique apparaît dès lors comme une démarche hybride entre outil de mise en valeur des contenus, outil de communication et outil de relation à l’usager.

Les deux premiers axes évidents pour la présence web d'une bibliothèque sont :

  • communiquer sur qui elle est et sur ses activités
  • valoriser les collections physiques

Cependant avec les réseaux sociaux et les outils de publication type blog, le web a pris depuis plusieurs années une dimension participative très forte. Dès lors, les bibliothèques doivent penser leur présence sur Internet avec cette composante et  favoriser la participation des habitants de la communauté à laquelle elle appartient.

Nous allons vous proposer ici une méthodologie, illustrée d'exemples, vous permettant de mettre en place votre présence sur internet.

Définir votre projet

Bien que le web d'aujourd'hui facilite et encourage la mise en ligne de contenus, il est fondamental de prendre le temps de réfléchir et d'écrire votre projet même si c'est à priori simplement pour avoir une page Facebook. Sinon, à moyen ou long terme, vous risquez soit de vous décourager en ne sachant plus très bien pourquoi vous l'avez fait, soit d'être à court d'idées et de contenus à publier.

La présence en ligne d'une bibliothèque doit être conçue comme un média ou une revue, en se posant les questions suivantes :

  • Quelle ligne éditoriale ? Les sujets à aborder, les rubriques récurrentes, la manière de traiter les sujets choisis...
  • Quelle manière d'écrire ? Il faut éviter le ton institutionnel qui n'est pas dans l'esprit du web mais privilégier plutôt un ton léger et ludique
  • Quel public viser ? Il est illusoire de vouloir s'adresser au « tout public ». En effet, quand on essaie de toucher tout le monde, on risque de ne toucher personne... Le mieux est de cibler deux ou trois publics, comme les jeunes, les femmes ou les personnes âgées. En ciblant certains publics, vous en toucherez peut être indirectement d'autres car le ton et le contenu ne seront pas impersonnels.
  • A quel rythme allez-vous publier ? Quelles seront la forme et la longueur de vos textes ? Le web est multimédia, donc vous ne pouvez pas vous contenter de publier des textes, il est indispensable d'avoir au moins une image puis, le plus souvent possible, une vidéo et/ou du son sous forme de musique ou d'enregistrement sonore, comme la lecture d'un texte.
  • Qui va écrire dans l'équipe de la bibliothèque ? Dans l'idéal, il serait pertinent que tous ou le plus grand nombre de personnes s'impliquent dans la présence web. Vous aurez non seulement plus de contenus, plus de variété mais aussi plus de chances que votre présence web soit promue vis-à-vis du public qui fréquente la bibliothèque. L'implication d'un maximum de collègues évite aussi de scinder l'équipe en deux avec les spécialistes du web et les autres. Cela évite également de donner l'impression que le web est « à part » alors qu’il fait partie  de notre quotidien.

Une bonne manière de fédérer l'ensemble des collègues est de mettre en place, comme pour une revue, un comité de rédaction qui se réunit autant que nécessaire pour définir les contenus et le calendrier de publication. À l'instar de ce que les collègues de la Bibliothèque Départementale du Cher (France) ont fait, le comité de rédaction peut aussi servir d'espace de formation sur le numérique et d'appropriation des outils.

Se former, faire de la veille et choisir ses outils de communication en ligne

Pendant que vous définissez et que vous rédigez votre projet éditorial, il semble judicieux de mettre en place un parcours de formation ou d'autoformation sur le web et la culture numérique. D'abord, il est indispensable de comprendre le web participatif, les réseaux sociaux en ligne et la culture web. Ensuite, un point important sur l'écriture et la rédaction web qui n'a rien à voir avec l'écriture d'un article de journal papier ou d'un texte universitaire. Chacun d'entre nous n'est pas toujours à l'aise avec l'écriture d'un « coup de cœur » ou d'un petit texte pour présenter sa bibliothèque ou une animation. Des formations du type atelier d'écriture permettent à la fois de débloquer l'imagination et de dédramatiser le fait d'écrire. Il ne s'agit pas d'écrire un roman ou une thèse universitaire, mais d'écrire un texte simple et court qui donne à la fois un aperçu du livre ou de l'action culturelle et envie de lire, de venir ou de réagir.

La phase de formation est aussi le moment pour découvrir et essayer les différents outils de communication en ligne, que ce soit les outils de blog comme Wordpress ou Blogger, les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook ou encore les réseaux dédiés aux images comme Pinterest, Instagram ou Flickr.

Pendant cette phase de formation et de sélection des outils, vous pouvez tout à fait commencer à publier des textes en ligne et à tester différents outils avant de sélectionner ce qui vous convient. Les outils proposés ci-dessus  sont soit entièrement gratuits, soit ils proposent les fonctionnalités essentielles gratuites, permettant de faire des essais.

Je vous recommande de commencer de manière modeste, textes courts avec une photo, et avec un outil que vous pourrez maitriser rapidement. Plutôt que de vous lancer dans la création et l'animation d'un site internet avec plusieurs rubriques à alimenter, préférez par exemple une page Facebook, comme la Bibliothèque de Koungheul au Sénégal, qui s'alimente facilement en textes et photos. Vous ferez déjà belle impression avec cette page et vos efforts pourront être assez vite récompensés avec de l'audience ou des commentaires.

Assurer une présence web au quotidien… ou presque

En choisissant une présence modeste et un outil facile à mettre à jour, vous serez en mesure de publier régulièrement afin d'assurer une présence sur le web au quotidien… ou presque. L'enjeu est bien de communiquer avec vos publics régulièrement, même de manière brève, et non pas de publier la synthèse de vos activités tous les trois mois. Le public qui utilise Internet, en particulier avec les smartphones, y va plusieurs fois par jour. Donc s'il vient sur votre blog ou sur votre page Facebook et qu'il n'y a rien de nouveau pendant plusieurs jours, il risque de se décourager et de ne plus y revenir.

Quand vous serez aguerri, que vous maitriserez les premiers outils, que vous aurez pris l'habitude d'écrire, que vous aurez plein d'idées et plus de temps pour développer votre présence web, alors vous pourrez vous lancer dans un projet plus ambitieux. Les outils que vous avez déjà serviront alors de courroie de transmission au reste de votre présence en ligne. Par exemple, si vous avez une page Facebook et que vous ouvrez par la suite un blog ou un site plus développé, vous utiliserez votre page Facebook pour relayer les billets publiés sur votre blog.

Evaluer pour adapter votre présence web

Un point qu'il ne faut pas négliger, comme dans toute action : l'évaluation de votre présence web. Je synthétise ici les idées que vous pouvez retrouver dans mon article en ligne, « Eléments pour une évaluation de la médiation documentaire numérique » : mesurer l'appropriation de la présence web par l'ensemble des bibliothécaires (ont-ils publié des textes ? Si oui, combien ? En parlent-ils aux lecteurs et autour d'eux ?…), comptabiliser la fréquentation du site web ou des pages sur les réseaux sociaux et évaluer l'impact de la présence web sur l'image de la bibliothèque, voire sur la fréquentation du bâtiment ou de l'espace bibliothèque. Pour ce dernier point, vous pouvez tout à fait mener une enquête qualitative, sous forme de questionnaire, auprès des usagers de votre bibliothèque mais aussi des habitants potentiellement concernés par la bibliothèque. Mener un sondage auprès de ces derniers vous permettra vraiment de savoir s'il y a une évolution de la visibilité et de l'image de votre bibliothèque grâce à votre présence web.

Fort de cette évaluation, vous disposerez d'éléments pour adapter ou ré-orienter les contenus, le rythme et la forme de votre présence web. Vous pourrez aussi  savoir si les personnes interrogés sont en attente d’une présence plus développée de votre bibliothèque sur Internet.

Conclusion

En guise de conclusion, nous terminerons par deux conseils. Premièrement une présence web doit être forte et ludique, c’est-à-dire,  proposer des articles courts et visuellement attractifs qui interpellent le lecteur. Une anecdote amusante de la vie de la bibliothèque aura autant, voir plus d'impact que la critique percutante d'un livre. La dimension ludique est fondamentale dans la présence sur internet.

Deuxièmement, une présence web se doit d'être cohérente avec la bibliothèque physique et l'image que vous voulez en donner - il serait contreproductif de dire que vous avez un beau bâtiment si ce n'est pas le cas. De même si vous faites preuve de légèreté et d'humour en ligne et que vous êtes dans l'interdiction et le silence dans l'accueil sur place, il y aura un écart incompréhensible pour votre public.

Pour donner une image ludique de votre bibliothèque, commencez par y prendre du plaisir et vous amuser vous-même !


Pour aller plus loin

Des exemples de blogs et de pages Facebook de bibliothèques :

Le blog du réseau de bibliothèques des Amis des bibliothèques de village africaines/ FAVL, situées notamment au Burkina Faso et au Ghana (textes en français et en anglais)

Les pages Facebook des CLAC (Centres de lecture et d’animation culturelle) de Khombole (Sénégal) et de Dessalines (Haïti).

La page Facebook de la bibliothèque Des Livres pour Tous à Abidjan (Côte-d’Ivoire).

Des exemples de blogs français sont répertoriés sur Bibliopédia

Xavier Galaup

Bibliothécaire depuis 1994, Xavier Galaup a travaillé successivement à la Médiathèque de Poitiers, à la Bibliothèque municipale de Strasbourg et à la Médiathèque départementale du Haut-Rhin. En tant que Directeur-adjoint de cette Médiathèque, il a créé et animé la liste de diffusion discothecaires_fr  de 2000 à 2007 ainsi que son site associé. Il a également créé l’Association des Bibliothécaires musicaux de l’Est.

Xavier Galaup a obtenu son diplôme de conservateur territorial des bibliothèques dans la promotion Flora Tristan (2006-2007). Après cette formation, il a pris le poste de directeur-adjoint à la Médiathèque Départementale du Haut-Rhin pour développer les services numériques et les partenariats. Il en est devenu le directeur en novembre 2013.

Xavier Galaup est l'un des initiateurs du groupe Bibliothèques Hybrides de l'ABF (Association des bibliothécaires de France) et a coordonné un ouvrage sur la médiation documentaire numérique publié aux Presses de l'Enssib, Développer la médiation documentaire numérique. Il anime régulièrement des formations sur cette thématique