Un nouveau venu au 75e Congrès de l’IFLA à Milan : le Centre de lecture et d’animation culturelle de Yaoundé

Par Charles Kandem Poeghela

Des enfants posent devant le Centre de lecture et d’animation culturelle.

Charles Kamdem, fondateur et coordonnateur du Centre de lecture et d’animation culturelle (CLAC) de Mimboman-Liberté, un quartier périphérique de Yaoundé (Cameroun), a participé pour la première fois au Congrès de l’IFLA (Fédération Internationale des Associations de Bibliothèques et Institutions) qui se tenait du 23 au 27 août 2009 à Milan.
Une expérience dont il livre, pour Takam Tikou, un compte rendu dans lequel tout congressiste peut se retrouver…

Présentation du Centre de lecture et d’animation culturelle : objectifs et actions

Le CLAC de Mimboman-Liberté où je travaille propose une petite bibliothèque de 2 000 livres. Il a été créé à notre initiative en mars 2007. C’est une émanation de l’association « Jeunesse, Culture, Développement » dont l’un des buts majeurs est d’aider à l’épanouissement et l’insertion socioprofessionnelle des jeunes en milieu défavorisé par le biais du livre, de la culture et de l’éducation citoyenne. Vous comprenez dès lors que la bibliothèque est prioritairement orientée vers les enfants et les jeunes adultes. Depuis nos débuts, nous essayons – autant que nos moyens nous le permettent –, de mettre en place des animations autour des romans, de la bande dessinée ou des films, mais aussi en organisant des conférences-débats sur des thèmes soigneusement choisis. À ce jour, nous sommes partenaires du Centre culturel français de Yaoundé, ainsi que de l’association Bibliothèque sans frontières à Paris. En cette année 2009, nous avons eu la chance de bénéficier de bourses qui nous ont tour à tour conduit au Salon du livre de Paris – merci au Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France à Yaoundé –, et au 75e Congrès de l’IFLA à Milan – merci au Comité français IFLA.

À la découverte du congrès de l’IFLA

Le CLAC s’est senti particulièrement concerné par le thème accrocheur du Congrès de l’IFLA qui aurait pu constituer sa devise :« Les bibliothèques créent le futur : construire sur l'héritage culturel ». Tout un programme à découvrir…

Un bon congressiste commence par se perdre

Comme tout nouveau venu, nous étions un peu perdu au milieu de ces milliers de congressistes venus des quatre coins du globe. Notre plus grande difficulté a été de comprendre le fonctionnement de l’IFLA et surtout l’organisation pratique du Congrès en tant que tel. Le comité d’organisation fait les choses à telle enseigne que tous les bibliothécaires, quel que soit le type de bibliothèque qui les emploie, puissent choisir de façon judicieuse les conférences et les ateliers auxquels ils veulent participer, pour en tirer le maximum de profit au plan professionnel. Mais voilà, nous l’ignorions. En conséquence, tout au long de la première journée, nous avons tourné en rond, allant d’une salle à une autre, d’un atelier à un autre, sans objectif précis.

Puis, il construit son programme

Heureusement, vint la réunion des boursiers du CFI (Comité Français IFLA) pendant laquelle les responsables de cette association nous ont donné des clés pour réussir notre Congrès. Entre autres recommandations, il fallait se munir d’un programme et sélectionner à l’avance les réunions auxquelles on souhaitait participer, aller aux Salons professionnels, participer aux discussions et décisions, prendre contact avec les professionnels rencontrés pendant le Congrès… Dès lors, tout était plus clair dans notre esprit et nous nous sommes attaché à «  tracer notre parcours ». Ces conseils du CFI furent utilement complétés par la réunion des « Newcomers » (nouveaux venus) où les communications étaient faites par des responsables de l’IFLA et traduites simultanément dans les six langues de travail de l’IFLA (anglais, français, russe, allemand, chinois, espagnol). Mais avant la réunion des newcomers, il y eut le « Caucus francophone », un lieu de regroupement ponctuel de tous les francophones présents au congrès. Y ont été présentés les différents aspects de la francophonie à l’IFLA, les clés pour bénéficier du congrès autour et au-delà de l’IFLA, tout cela précédé par des nouvelles fraîches de l’IFLA. Désormais, nous n’étions plus un « vagabond » mais davantage un congressiste digne de ce nom aux solides repères.

Au cœur des travaux de réflexion sur les bibliothèques pour la jeunesse

La Sectiondes bibliothèques pour enfants et adolescents

Dès lors, nous avons fait le choix de nous intéresser à la Section des bibliothèques pour enfants et adolescents. Cette Section compte 110 membres – bientôt 111, vous devinez pourquoi, Charles Kamdem est dans les parages ! La Section a pour principales missions d’encourager la lecture, d’intégrer les nouvelles technologies dans les bibliothèques jeunesse, et de favoriser les échanges entre les professionnels à travers le monde. Ingrid Bon, la Présidente, et Viviana Quiñones, la Secrétaire, nous ont très agréablement accueilli à la première réunion du Comité permanent de la Section, en qualité d’observateur. Les échanges ont porté sur le rapport d’activités de l’année et sur l’orientation à donner à la section pour la période 2009-2010.

La naissance d’un projet d’envergure : les « Bibliothèques partenaires »

À l’issue de différentes rencontres, la Section a décidé de mettre en place un programme ambitieux d’ici au prochain Congrès : les « Sister libraries » (« Bibliothèques sœurs » ou « Bibliothèques partenaires »). Ce programme consiste à encourager le rapprochement entre les bibliothèques jeunesse à travers le monde. Deux bibliothèques pourront donc décider de devenir « sœurs », de mettre leurs lecteurs en relation, mais aussi de développer des échanges qui seront bénéfiques à chacune d’elles. La situation géographique des bibliothèques n’est pas un obstacle, car grâce à Internet, deux bibliothèques du Sud, du Nord, ou l’une du Sud et l’autre du Nord, peuvent parfaitement être en contact pour le plus grand bénéfice des jeunes usagers.

De retour à Yaoundé : la mise en application des idées lancées

Devenir bibliothèque partenaire

L’idée de créer un énorme réseau de bibliothèques pour enfants et jeunes adultes aux quatre coins du monde m’a franchement ému. J’en ai rendu compte à mes collègues du CLAC et j’en ai parlé aux autres collègues bibliothécaires de Yaoundé, notamment à travers le CLIB (Comité de lecture inter bibliothèques). Le CLIB est un comité de lecture de livres pour la jeunesse. En effet, avec quatre autres bibliothécaires jeunesse de Yaoundé, nous avons décidé, à l’issue d’une formation sur l’animation en bibliothèque jeunesse organisée par le Centre culturel français de Yaoundé en 2008, de mettre sur pied un comité de lecture. Une fois par mois, nous nous retrouvons pendant deux heures dans l’une des nos bibliothèques. Par ailleurs, des membres de l’ASPID (Association des professionnels de l’information documentaire) ont honoré de leur présence notre réunion de compte rendu de septembre 2009, et ont pu ainsi partager notre expérience du congrès milanais. Premier effet du congrès : le CLAC s’est donc immédiatement inscrit pour trouver un partenariat avec une bibliothèque pour enfants et adolescents. Espérons que, bientôt, ce rêve devienne réalité…

Proposer une initiation au multimédia

Par ailleurs, nous avons choisi d’adopter les résolutions relatives au multimédia en bibliothèque jeunesse dans notre espace ; cette nouvelle orientation est directement le fruit des communications de la section jeunesse du  congrès de Milan. Le CLAC se fait un honneur certain d’initier les enfants et les jeunes adultes aux technologies de l’information et de la communication. Nous avons donc démarré ce projet à la mi-septembre 2009 : deux fois par semaine, le mercredi après-midi et le samedi, ma collègue, Laure Tiagué, et moi-même, initions les enfants et adolescents qui fréquentent le CLAC à l’outil informatique et à Internet. Les jeunes sont aux anges à chaque fois qu’il leur est donné l’occasion de « posséder » un ordinateur. Il faut noter que plus de 90% de nos jeunes n’y ont jamais eu accès. Ce programme est notre contribution au « désenclavement numérique » de notre quartier, Mimboman-Liberté, mais aussi une manière de préparer notre jeune lectorat aux échanges qu’ils auront avec leurs amis des autres bibliothèques à travers le monde.

La création d’un espace jeunesse autonome

Le CLAC n’a pas d’espace jeunesse spécifique. Les jeunes disposent simplement d’un petit coin où ils lisent et font leurs ateliers... Nous allons donc également créer, avant le prochain congrès, un espace jeunesse complètement autonome. Les  enfants  auront un lieu à eux, bien plus convivial, et ils éviteront la « dictature » des plus grands.

Car la journée du lundi 24 août 2009, dans la salle « rouge » du centre des conférences, a été l’une des plus – sinon la plus bénéfique – pour moi, de ce congrès. En effet, pendant toute l’après-midi, j’ai eu la chance d’écouter tour à tour différents professionnels sur le thème de la construction et l’aménagement des espaces pour la jeunesse : Alistair Black et Carolynn Rankin de l’université de Leeds, en Angleterre, ont notamment parlé de l’histoire du design des bibliothèques pour enfants ; H. Onal de l’université d’Ankara, en Turquie, s’est exprimé sur le fait de décorer les bibliothèques du futur en tenant compte du point de vue des enfants. C’est au sortir de cette journée que j’ai pris la résolution de créer un espace jeunesse autonome au CLAC et que j’ai compris la nécessité, non seulement d’associer les enfants à la transformation de leur bibliothèque, mais aussi d’en faire un espace plaisant et confortable. Nos jeunes lecteurs sont très contents et se laissent aller à des projets « fous », mais il nous reviendra d’adapter leurs propositions à nos réalités, notamment financières.

Rendez-vous en août 2010 en Suède

Enfin, nous  vous donnons quelques statistiques du congrès de l’IFLA à Milan : 4 496 inscriptions, 200 bénévoles, 128 exposants, 30 interprètes, 2 traducteurs. Le prochain congrès, 76e du nom, se tiendra à Göteborg, en Suède, du 10 au 15 août 2010 avec pour thème : « Le libre accès au savoir - la promotion du progrès durable » : à nouveau, tout un programme !

À nos marques, prêts, et partons tous à la recherche de bourses pour être à ce grand  banquet professionnel ; et n’oublions surtout pas de porter un regard très intéressé sur la Section des Bibliothèques pour enfants et adolescents…

Notes et références


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