Une étude remarquable de Kodjo Attikpoé sur la violence dans le roman pour la jeunesse en Afrique francophone

Par Viviana Quiñones

Couverture avec photographie montrant un pêle-mêle de romans jeunesse

Kodjo Attikpoé, chercheur à l’université de Francfort, spécialiste de la littérature de jeunesse africaine, a dirigé l’ouvrage L’Inscription du social dans le roman contemporain pour la jeunesse réunissant onze études par des chercheurs travaillant au Québec, en France, au Portugal, ou encore, en Allemagne.

Kodjo Attikpoé consacre à la violence un article richement documenté, intitulé « L’Empreinte de la violence dans le roman de jeunesse en Afrique francophone ». Retour sur les raisons d’un tel choix et présentation de son corpus de référence.

L’omniprésence de la violence dans la littérature africaine

Kodjo Attikpoé analyse « la mise en fiction du réel de la violence » dans le roman africain francophone pour la jeunesse. Il est vrai que quiconque lisant des romans africains pour la jeunesse (et même des albums) ne peut qu’être frappé par la violence qui y règne, et ce en dépit du lieu de l’action, de la date de parution, ou de la nationalité de l’auteur. On peut donc dire que cette étude s’imposait.

Un corpus de neuf romans contemporains pour la jeunesse

Kodjo Attikpoé avait l’embarras du choix des textes à explorer ; il en a retenu neuf.
Parmi les textes qui mettent en scène l’enfance délaissée et les violences de la rue, il a choisi : Djim Zouglou, l’enfant des rues (Ouaga-Ballé Danaï, L’Harmattan), Le Fils du mercenaire (Pius Ngandu Nkashama, Hurtubise HMH), L’Enfant sorcier (Caya Makhele, Acoria).

Autre thème important, celui de l’enrôlement des enfants dans les guerres avec L’Enfant soldat (Patrick-Serge Boutsindi, L’Harmattan) et Charly en guerre (Florent Couao-Zotti, Dapper jeunesse).

À côté de ces deux grands thèmes, l’auteur aborde d’autres formes de violence : la violence d’État avec Un matin pour Loubène (Pius Ngandu Nkashama, Hurtubise HMH) ; l’esclavage avec Un drôle de bienfaiteur (Gina Dick, CEDA) et Pain sucré (Mary Lee Martin-Koné, Hatier) ; et enfin, la violence familiale avec Le Cahier noir (Camara Nangala, CEDA).

La littérature, gardienne des consciences

La conclusion de cette étude, très documentée mais d’une lecture limpide, est parfaitement claire : le roman africain dépeint souvent, « même de manière obsessionnelle », avec un réalisme cru, des réalités violentes qui soumettent l’enfance à des souffrances inouïes. Les écrivains n’embellissent pas ; ils se posent en conscience critique de réalités sociales et culturelles qui génèrent des mécanismes de violence. Ce qui est non seulement légitime mais salutaire. 

Référence bibliographique

Kodjo Attikpoe :
« L’Empreinte de la violence dans le roman de jeunesse en Afrique francophone »,
in L'Inscription du social dans le roman contemporain pour la jeunesse,
sous la direction de Kodjo Attikpoé,
Paris, L’Harmattan, 2008.
Coll. Références critiques en littératures d'enfance et de jeunesse
ISBN 978-2-296-06396-9 : 32 €


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