Au Sénégal, un réseau de bibliothèques exceptionnel : « Lire en Afrique »

Par Viviana Quiñones

Deux jeunes lecteurs dans une bibliothèque du réseau "Lire en Afrique"

En vingt ans d’existence, le projet « Lire en Afrique » a mis en place un réseau exceptionnel d’une cinquantaine de bibliothèques bénévoles au Sénégal. Qu’est-ce que « Lire en Afrique » ? Quelles sont les particularités du fonctionnement en réseau de ces bibliothèques ? Quelles sont les raisons du succès ?

Collègues dans une banque parisienne et amies, Eliane Lallement et Marie-Josèphe Devillers effectuent un voyage au Sénégal pour y passer leurs vacances. Elles s’attachent particulièrement à Yoff, village lébou sur la presqu’île du Cap Vert, dans la banlieue de Dakar, et participent activement, en 1990, avec l’Association des Ressortissants de Yoff en France, à la création de la Bibliothèque Ousmane Sembène.

Depuis, elles ne cessent d’être sollicitées par la population pour apporter leur soutien à la création de bibliothèques. Elles ont ainsi grandement aidé à la mise en place de 50 bibliothèques : 19 dans la région de Dakar et 31 dans d’autres régions du Sénégal. Plus de 300 000 ouvrages (à raison d’un apport de 15 000 à 30 000 nouveaux livres par an) sont mis entre les mains de plus de 100 000 lecteurs grâce au travail d’une centaine de bibliothécaires… Et Eliane Lallement et Marie-Josèphe Devillers coordonnent le travail en réseau de ces bibliothèques.

Comme le montre l’article publié par Takam Tikou, l’essentiel du modèle des bibliothèques « Lire en Afrique » est présent dès la première création à Yoff. À partir des dossiers de presse régulièrement diffusés par « Lire en Afrique » et de plusieurs entretiens réalisés avec Eliane Lallement et Marie-Josèphe Devillers au cours de l’année 2010, en voici les principales caractéristiques.

Un modèle commun à tout le réseau

Des bibliothèques bénévoles dans de petites villes ou dans des villages

Le taux de scolarisation a considérablement augmenté au Sénégal au cours des quinze dernières années et dépasserait les 80%. Cependant, l’implantation des écoles n’a pas été accompagnée par la création de bibliothèques et les supports écrits manquent cruellement. Quand une école secondaire ouvre dans une commune, les habitants cherchent donc à créer une bibliothèque, car son importance pour la réussite scolaire des enfants est bien comprise. Pour les soutenir dans cette démarche, ils sollicitent « Lire en Afrique » qu’ils connaissent par le bouche à oreille. L’initiative leur appartient entièrement et ils doivent mettre à disposition un local adapté, équipé d’étagères, et assurer bénévolement la gestion de la bibliothèque. Cela sans aucune implication des pouvoirs publics, que ce soit sous forme de subvention ou d’aide aux frais de fonctionnement.

Des ouvrages adaptés aux lecteurs

« Lire en Afrique » apporte à chaque bibliothèque un fonds de départ de 2 000 à 3 000 ouvrages qui s’adressent à tous, des enfants en âge préscolaire jusqu’aux adultes. La structure des fonds correspond aux besoins des lecteurs que « Lire en Afrique » essaie d’appréhender grâce aux relations de proximité qu’elle entretient avec bibliothécaires et lecteurs, et grâce à des enquêtes systématiques (analyse des registres de prêt et d’entretien). Les fonds sont constitués pour moitié d’ouvrages de littérature de jeunesse (organisés par thèmes pour en faciliter l’accès : « Allez, les filles », « Je découvre le monde », « Les histoires extraordinaires », « Les contes du monde »…), pour un tiers d’ouvrages pédagogiques (manuels, usuels, parascolaire, du primaire à l’université), mais aussi d’ouvrages de littérature africaine et universelle, de BD, de romans policiers et sentimentaux, et d’une ludothèque.

Pour réaliser ces importantes dotations, un container de 30 000 livres, dont deux tiers de livres neufs, part chaque année de France pour le Sénégal. Les fonds sont renouvelés en fonction du niveau de fréquentation de la bibliothèque, ainsi que des campagnes de promotion de la lecture menées par « Lire en Afrique ». D’où proviennent ces livres soigneusement choisis ? Les sources sont multiples : désherbage des bibliothèques françaises de lecture publique, dont certaines sont des fidèles ; associations fournissant des livres déstockés par les éditeurs français, comme Adiflor et Biblionef ; achats d’ouvrages neufs auprès d’éditeurs africains, notamment à l’occasion de la FILDAK (Foire Internationale du Livre de Dakar). Les ouvrages restent la propriété de « Lire en Afrique » : une manière d’assurer la bonne utilisation des livres et de favoriser un engagement sur le long terme.

Un public majoritairement jeune

90% des lecteurs appartiennent au monde scolaire qu’ils soient élèves ou enseignants. Ce sont essentiellement les jeunes qui fréquentent les bibliothèques : les 8-12 ans pour la lecture plaisir ; et, à partir de 12 ans, avec l’entrée au collège, les lecteurs privilégient la lecture « utile » (romans au programme, usuels, documents parascolaires). Les horaires sont adaptés aux lecteurs : les bibliothèques sont ouvertes en-dehors des heures scolaires.

Une formation initiale et continue pour les bibliothécaires

« Lire en Afrique » assure aussi la formation des bibliothécaires. Des stages généralistes proposent une formation de base à la gestion et à l’animation, sur un modèle adapté à des bénévoles qui ne consacrent que quelques heures par semaine à ce travail. D’autres stages permettent d’approfondir un aspect du travail en bibliothèque : l’animation jeunesse, les livres scientifiques, la connaissance de nouvelles dotations de livres…

Deux stages par an sont ainsi organisés, réunissant les bibliothécaires pendant plusieurs jours dans un lieu convivial, selon une méthode participative et pratique – qui laisse toujours le temps de la découverte des livres –, et permettant les échanges autour des expériences de chacun.

Des opérations pour la promotion de la lecture appuyées par une bonne communication

Pour aider bibliothécaires et lecteurs à « entrer » dans les livres et à élargir leurs lectures, souvent seulement scolaires, ainsi que pour faire davantage connaître les bibliothèques et développer leur public, des opérations ponctuelles sont proposées au réseau. Par exemple, des « kits » thématiques d’une vingtaine d’ouvrages (« Cheikh Anta Diop », « L’écriture », « La société sénégalaise »…) circulent de bibliothèque en bibliothèque. Par ailleurs, une grande campagne de promotion de la lecture, intitulée « Moi je lis », a été lancée avec des outils variés de promotion et des fonds thématiques accompagnés de brochures illustrées : « La littérature sénégalaise et africaine », « La littérature jeunesse des éditeurs africains », « La panoplie de l’élève de l’enseignement moyen », « Jouer la science » (Takam Tikou s’en est d’ailleurs fait l’écho). D’autres opérations ont suivi, toujours accompagnées d’un renouvellement des fonds.

Un suivi et des évaluations

« Lire en Afrique » visite chaque bibliothèque du réseau une fois par an pour une évaluation qui se fait conjointement avec les responsables. La visite permet de traiter les éventuels problèmes et de mobiliser les bibliothécaires sur l’opération de lecture en cours.

Une fois par an également, un séminaire est organisé qui permet le partage d’expériences, la confrontation des pratiques, la recherche de solutions aux difficultés. En 2010, le séminaire a pris la forme d’une « Journée de manifestation de la lecture loisir », à l’occasion du 20e anniversaire de « Lire en Afrique » et de l’ouverture de la 50e bibliothèque du réseau, dédiée aux Arts, avec un programme riche et varié de débats (« Impact des bibliothèques sur le milieu », « La gestion d’une bibliothèque : un facteur de développement personnel et collectif et un atout pour la réussite scolaire ». Voir ci-dessous les témoignages des bibliothécaires et des lecteurs ayant participé aux débats) et la remise d’une dotation « spécial anniversaire » à chaque bibliothèque, constituée des ouvrages que les lecteurs plébiscitent dans l’ensemble du réseau.

Un modèle hors norme

L’essentiel de ce modèle tient à quelques caractéristiques récurrentes : initiative émanant des bénéficiaires, engagement fort de ces bénéficiaires dans le fonctionnement de la bibliothèque, apport et renouvellement d’ouvrages adaptés, formation initiale et continue des bibliothécaires bénévoles, mode de gestion rigoureuse et pragmatique, travail en réseau, opérations de promotion de la lecture et de la bibliothèque, suivi et évaluation, bonne communication…

L’ensemble de ces actions est mené avec un empirisme à outrance qui peut faire frémir certains : les achats se font directement auprès des éditeurs africains pour économiser la marge du libraire, les ouvrages sont inventoriés et classés mais pas catalogués, les ordinateurs sont absents, le dialogue est constant mais les consignes prennent la forme de directives claires et nettes… Le tout est présidé par une coordination très forte, un accompagnement et une écoute dans toutes les étapes.

« Lire en Afrique », qui existe en tant qu’association depuis 1996, repose sur un engagement personnel exceptionnel. Si les militants associatifs ont toujours été importants pour les bibliothèques, partout dans le monde, Eliane Lallement et Marie-Josèphe Devillers en sont un exemple hors pair. Démarches pour obtenir des livres, choix des titres issus des dons, entreposage, confection des palettes, formalités douanières, suivi de chaque bibliothèque, conception des formations, animation du réseau : cet énorme travail repose sur ces deux femmes bénévoles qui ne peuvent que se soucier, bien sûr, de la question cruciale de la pérennisation de « Lire en Afrique »…

Si « Lire en Afrique » a pu déconcerter ou déranger, son expertise est maintenant amplement reconnue : la ville de Dakar a, par exemple, sollicité l’association pour être partenaire de son plan de relance de la lecture ; « Lire en Afrique » apporte ainsi des dotations adaptées à trois bibliothèques municipales par an depuis 2010 ; voir ci-dessous le témoignage du bibliothécaire Alioune Guèye. Car ce modèle fonctionne, et les bibliothèques continuent à vivre et à se développer, leurs équipes se renouvelant au fil du temps.

Ce modèle face au réseau des bibliothèques publiques

Il est difficile de ne pas comparer ce réseau à celui des bibliothèques publiques gérées par l’État ou les communes, au Sénégal aussi bien que dans d’autres pays d’Afrique. Les bibliothèques publiques ont le grand mérite d’exister et d’avoir un statut officiel et pérenne. Mais, d’une part, elles sont très insuffisantes pour couvrir les besoins et, d’autre part, ces réseaux sont très souvent en souffrance ou dormants. Ils sont parfois dirigés par des fonctionnaires qui ne comprennent pas l’enjeu que représente la lecture des jeunes, et/ou qui ne disposent d’aucun budget pour animer le réseau, tant pour les acquisitions (sauf, à notre connaissance, au Mali, qui a décidé de consacrer une ligne budgétaire aux acquisitions des bibliothèques publiques) que pour la formation ou l’animation1. De surcroît, les bibliothécaires diplômés ne s’orientent pas vers la lecture publique, car elle n’offre pas de perspectives de carrière intéressantes.

Les institutions nationales, régionales ou municipales soutiennent leurs bibliothèques publiques par le paiement des charges des locaux et des salaires des fonctionnaires bibliothécaires. C’est très important, mais ce n’est pas suffisant. Certaines composantes du modèle « Lire en Afrique » sont nécessaires aussi pour les bibliothèques publiques… On les retrouve rarement – sauf, parfois, l’engagement personnel du bibliothécaire. Dans ce cas, la bibliothèque fonctionne bien – mieux encore quand elle trouve du soutien auprès d’un partenaire extérieur. Mais le modèle occidental classique de la bibliothèque dépendant des pouvoirs publics ne peut réussir sans l’engagement des pouvoirs publics ! C’est ainsi que, comme dans d’autres domaines, de nouveaux modèles de bibliothèque émergent, impulsés non pas du haut de l’État, mais de la société civile, sur place et chez les acteurs de la coopération internationale qui reste très importante. C’est le cas, entre autres, de la Bibliothèque STEJ à Lomé (voir notre article « Bibliothécaire : entrepreneur à multiples talents ») ou du Clac de Yaoundé. C’est aussi le cas du réseau « Lire en Afrique », une formule exemplaire de coopération internationale réussie.

Notes et références

(1) Le Président de l’Association des Bibliothécaires archivistes documentalistes du Sénégal, Adama Aly Pam, le dit lui-même, lors d’un entretien publié dans Development Gateway : « Il y a très peu de bibliothèques municipales, de bibliothèques publiques. Et les rares qui existent sont dépourvues de moyens et de matériels. Il n’y a pas suffisamment de livres. Il n’y a pas suffisamment de personnels qualifiés pour créer l’animation autour du livre et de la lecture. »


Pour aller plus loin

Témoignages de lecteurs et de bibliothécaires

De nombreux témoignages recueillis lors de la Journée de manifestation sur la lecture loisir en 2010 révèlent l’impact de la bibliothèque sur les résultats scolaires : les villages dotés de bibliothèque obtiennent, de loin, les meilleurs résultats scolaires de leur région ; les enseignants affirment que les élèves comprennent plus vite les leçons. Eux-mêmes ne demandent pas de mutation, car rester dans un village doté d’une bibliothèque leur permet de préparer des examens en vue d’une promotion professionnelle.

Quelques témoignages de lecteurs de la bibliothèque Abdel Kader Diatta de Mlomp (Casamance)

« En tant qu’enseignant et habitué de la bibliothèque, je peux dire qu’elle m’a apporté beaucoup de bien dans l’accomplissement de ma fonction. Elle me procure la documentation nécessaire pour la préparation de mes cours. Ce qui me fait plus plaisir encore, c’est les nombreux romans policiers d’Agatha Christie. Ces romans me rendent moins solitaire. Et même mes collègues m’appellent Hercule Poirot, du nom du personnage de la plupart de ces romans. » Lansana Sagna, professeur d’anglais

« Dire que la bibliothèque est utile, c’est réduire son degré d’importance. Elle est nécessaire, car c’est le lieu où vient s’abreuver presque tout le monde : élèves du secondaire et du primaire, étudiants et autres lecteurs, tous assoiffés de savoir. C’est leur lieu de rencontre. La bibliothèque a participé à ma formation depuis le lycée. Elle a été mon levier, mon refuge et m’a élevé au rang des meilleurs.» Mamadou Mbacké Sambou, étudiant en droit des affaires

« Étant depuis toujours animé par la volonté de bien me préparer aux examens et concours, j’étais confronté au manque de documentation. Mais cette difficulté fut très vite dissipée par la richesse et l’organisation de la bibliothèque « Lire en Afrique » Abdel Kader Diatta. » Oumar Paye, professeur de lettres

« La bibliothèque « Lire en Afrique » m’a permis d’augmenter mon vocabulaire et de voyager à travers ses nombreux documentaires. J’y trouve des manuels qui me font comprendre très vite mes cours. » Oumy Coly, élève en classe de 3e

Je souhaite exprimer ma reconnaissance envers ce bijou du village qu’est la bibliothèque « Lire en Afrique ». C’est vraiment à la fois une chance et un cadeau qui est offert à la population de Mlomp, et même à celles des villages voisins. J’avoue que ma première année dans le village aurait été pour moi un emprisonnement, si la découverte de la bibliothèque ne m’avait permis de voyager à travers la lecture d’ouvrages divers et variés. Maintenant qu’elle s’enrichit davantage, cette bibliothèque est le cordon ombilical qui nous lie à la « civilisation » dans ce village où Internet demeure encore un luxe. » Abdoulaye E. Diatta, professeur de lettres

« Depuis que je me suis inscrit à la bibliothèque, j’ai trouvé que mon esprit s’était élargi. J’y trouve des livres très intéressants. Je commence à avoir des moyennes très élevées. » Boubacar Dieme, élève« Depuis que j’ai commencé à fréquenter la bibliothèque, je suis devenue très forte en français, en anglais et en maths. Dans toutes ces matières, j’ai de bonnes notes » Awa Diambone Diatta, élève en 6e

Extraits de l’intervention « Gérer une bibliothèque, facteur de développement personnel et collectif »

par Alioune Guèye, bibliothécaire à la BOSY (Yoff) pendant près de 10 ans et compagnon de « Lire en Afrique »

Je vais parler de mon vécu personnel pour montrer l’apport de la fréquentation des bibliothèques. Je vais commencer par une petite anecdote. Dans les années 1990, j’étais alors en 6e, la bibliothèque Ousmane Sembene de Yoff n’existait pas encore. Mes camarades et moi, nous fréquentions la bibliothèque de l’école Yoff 3, installée à cette époque par Mesdames Lallement et Devillers. Nous venions et nous piquions les livres tout simplement. Je me souviens de la collection « J’aime lire », par exemple… C’était facile, il n’y avait souvent personne à l’intérieur de la bibliothèque pour surveiller. Nous prenions les livres pour les garder chez nous, les considérant comme notre bien propre, jusqu’à constituer chacun une véritable collection personnelle. Un jour, un de nos camarades nous a parlé de la BOSY dont il était membre.

En franchissant pour la première fois les portes de la bibliothèque, mon étonnement fut grand. Alors qu’elle venait d’ouvrir, elle comptait déjà plus de 200 adhérents et nous, qui étions férus de lecture, n’étions même pas au courant de son existence ! Nous nous sommes alors inscrits à la bibliothèque, nous avons acheté une carte de membre comme tout le monde et la première chose que nous y avons apprise, c’est que le livre est un bien commun, ce n’est pas un bien personnel. Personne ne nous a pris par la main pour nous l’enseigner, mais Alassane Faye, le responsable de la bibliothèque, et ses camarades avaient installé une signalétique pour nous inviter à ne pas piller les livres, ne pas les corner, les rendre à temps, nous montrant ainsi que le livre est un bien communautaire, et la bibliothèque, pas n’importe quel endroit. J’ai regretté ce que j’avais fait, et rendu les livres que j’avais encore à la maison.

À ma grande surprise, le responsable nous a dit que c’était à nous de gérer la bibliothèque. C’était en 1994, j’étais en classe de 3e, je faisais partie de l’équipe qui animait la permanence du dimanche, puis je suis devenu le responsable. À la fin de la permanence, nous faisions le point et les comptes avant de fermer la bibliothèque : nombre d’adhérents qui étaient venus, nombre de livres prêtés, rendus, non rendus…

C’est la bibliothèque qui m’a permis de forger mon caractère. En 1999, à l’occasion du séminaire annuel « Lire en Afrique », chaque bibliothèque devait présenter son bilan d’activités face aux autres bibliothèques présentes. Je devais donc assurer la présentation du bilan de la BOSY, sans préparation ! C’était la première fois que je prenais la parole en public. Bien que j’aie paniqué au début, tout le monde a applaudi à la fin. La confiance en moi-même, je peux dire que c’est à partir de ce moment-là que je l’ai gagnée. Je n’oublierai jamais ce jour-là. Les bibliothécaires de la BOSY ont pleinement participé à notre formation. En effet, ils nous aidaient à préparer les rapports et nous incitaient à prendre les procès verbaux des réunions, même les plus banales. C’est ainsi que j’ai appris dès la 4e à rédiger un PV, à faire un rapport, avant même d’avoir le bac. Aujourd’hui encore, n’importe quel gamin de la BOSY peut vous faire un bon rapport, un bon PV de réunion, un bon résumé.

C’est vrai, j’ai mal commencé en piquant des livres. Mais on m’a fait comprendre que les livres sont un bien communautaire, et, ce faisant, on m’a éduqué. La bibliothèque m’a beaucoup appris parce que c’est un milieu de socialisation. C’est primordial. La bibliothèque crée un accès à la culture, un accès au savoir. Ce qui est donné en classe, c’est pour tout le monde, mais le plus, il faut aller le chercher dans les livres. Et c’est à la bibliothèque qu’on le trouve.

La bibliothèque est un cadre où naissent beaucoup d’initiatives. À Yoff, à la BOSY, la plus marquante est la parution d’un journal pendant presque dix ans dont j’étais simple rédacteur apprenti jusqu’à devenir ensuite rédacteur en chef pendant 3 ans. C’était une initiative de la BOSY partagée par la communauté et par la mairie. La bibliothèque est un terrain propice aux initiatives mais c’est aussi un point de relais communautaire. En tant que bibliothécaire, vous avez une aura, une autorité, tout le monde vous reconnaît. Chaque fois que quelqu’un veut faire quelque chose, on lui dit « va voir le bibliothécaire, va voir tel, tel ou tel » parce que ce sont des gens qui sont là pour la communauté. Parfois, on vient vous consulter sur des questions importantes, par rapport à l’éducation, à la jeunesse, aux loisirs, alors que vous êtes encore très jeune. Nous représentons quelque chose comme des conseillers municipaux, sans le savoir. Aujourd’hui, avec la décentralisation, l’information est recherchée à la base et la base, c’est nous, bibliothécaires de « Lire en Afrique ». On engrange toutes ces expériences sans le savoir.

Coordonnées et contacts

Association  « Lire en Afrique »

Site web : http://www.lireenafrique.org

Coordonnées en France :
37 avenue Pasteur
93 100 Montreuil-sous-Bois
Tél. : (33) (0)1 43 64 03 53

Coordonnées au Sénégal :
Collège de la Petite Côte
Joal-Fadiouth
Tél. : (221) 77 547 61 53

Contact : Eliane Lallement / eliane.lallement@free.fr


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Commentaires

création d'une bibliothèque au Cameroun

Quel réconfort m'apporte cet article , où la démarche décrite pour la création et le fonctionnement d'une bibliothèque en Afrique correspond bien à la conception que j'avais en tête (mais de manière abstraite), donne des pistes pour avoir des livres d'auteurs africains, apporte des témoignages sur le travail des bibliothécaires et le rôle social de la bibliothèque. Le projet est né de la coïncidence d'un désherbage dans la bibliothèque que je viens de quitter pour cause de prise de retraite, et de la demande d'un ami informé de ce souhait de création lors d'un déplacement professionnel au Cameroun pour un projet de musée. Je vais rencontrer prochainement notre interlocuteur camerounais. Je n'en suis pour l'instant qu'à la phase de sélection de livres désherbés. Toutes les informations données sur le site de Takam Tikou me seront précieuses. Merci !