Le trousseau de clés

مفتاح ومفاتيح

Langue : français arabe Auteur : Georgia Makhlouf Illustrateur : Inbar Heller Algazi Traducteur : Najla Khoury Lieu d'édition : Marseille Éditeur : Le Port a jauni Année d'édition : 2026 Collection : Poèmes أشعار Nombre de pages : 32 p. Illustration : Couleur Format : 17 x 22 cm ISBN : 978-2-494753-40-2 Âge de lecture : À partir de 9 ans Prix : 12 €
Une porte orientale dans la mer. Bateau au loin.

Les courts textes doux-amers de Georgia Makhlouf évoquent, à travers le regard du narrateur – un petit garçon –, des lieux, des personnages, des moments de tendresse et de nostalgie avec, comme fil conducteur, les clés. Comme celle que Grand-mère (Téta en arabe) porte autour du cou et dont elle ne se sépare jamais ; on ne peut que penser aux Palestiniens chassés de leurs terres durant la « catastrophe » ou « naqba » de 1948 et gardant précieusement la clé de leur maison, transmise de génération en génération, avec l’espoir d’un retour. Comme les mots, clés du bonheur ou du chagrin, qui se lient dans des poèmes pour dire le monde dans lequel on habite, un monde de douceur quand on est protégé et aimé, et un monde effrayant quand on est sous les bombes. Comme la recherche de la clé du mystère de la disparition d’une maman, la douleur de ne plus se souvenir de son odeur ou de la couleur de ses yeux… Et les moments partagés avec un père silencieux et les amis, pour tenter d’oublier que la clé de voûte de la famille est absente, et prendre la clé des champs avec une trottinette bricolée par son oncle –quand la situation le permet et qu’il n’y a pas de danger. Parce que, malgré tout, le narrateur reste un enfant, avec des envies et des rêves d’enfant.

Avec délicatesse et sensibilité, l’autrice trouve les mots justes pour dire, à la première personne, la tristesse d’un garçon confronté à la mort de sa mère, son questionnement face à sa disparition, sa vie quotidienne dans un environnement parfois dangereux et hostile, ses moments de bonheur quand il se promène à la plage avec son père ou quand il roule en trottinette, son quotidien à l’école ou à la maison. Des textes poétiques, touchants, parfaitement accompagnés par les délicates illustrations tout en finesse d’Inbar Heller Algazi, qui font écho à l’ambiance douce-amère des textes. La traduction en arabe de Najla Khoury, également autrice et conteuse par ailleurs, est belle, poétique, fluide ; elle rend bien le rythme des textes en français et joue avec la musicalité de la langue arabe. Le titre est un bon exemple de ce travail : « Le trousseau de clés » a été rendu par « Miftah wa mafatih » (littéralement « une clé et des clés »), qui sonne agréablement en arabe. On en trouve un autre exemple à la fin de la traduction du poème « J’aime beaucoup la musique », où la traductrice joue avec le son de « sol » dans « clé de sol » et fait des associations de mots et d’expressions qui s’inscrivent parfaitement dans l’esprit du texte en français. Notons que l’autrice et la traductrice ont collaboré auparavant dans le cadre de publications parues chez Actes Sud, mais les rôles y étaient inversés : Najla Khoury était l’autrice et Georgia Makhlouf la traductrice. On imagine qu’elles ont échangé ensemble sur les écrits en français et les enjeux de la traduction ; cela expliquerait la parfaite cohérence et l’authenticité des textes dans leurs versions française et arabe.

Georgia Makhlouf est d’origine libanaise, Inbar Heller Algazi est d’origine israélienne. En ces temps de guerre en Palestine, voir une collaboration artistique si réussie autour d’un tel ouvrage entre ces deux créatrices – trois, si on compte la traductrice – inspire un espoir bienvenu.

HC