[Le voyage du désert]
رحلة الصحراء
Dans cet album, l’autrice palestinienne pour la jeunesse Safa Amir s’inspire de la magnifique nouvelle Des hommes dans le soleil رجال في الشمس, écrite dans les années 1960 par Ghassan Kanafani, écrivain palestinien qui, à l’instar du poète Mahmoud Darwich, a porté la voix de la population palestinienne – en particulier celle des réfugiés et des exilés – non seulement dans le Monde arabe mais dans le monde entier. Une voix et un regard empreints d’humanité et de tendresse qui en ont fait l’écrivain emblématique de cette époque. La littérature mondiale a été privée d’une grande plume quand Ghassan Kanafani a été assassiné à Beyrouth en 1972 par les services secrets israéliens.
L’album reprend donc la trame de la nouvelle : trois hommes de différentes générations, dont un adolescent de 16 ans, sont obligés pour gagner leur pain de quitter leur petit village niché au milieu des oliviers après qu’il a été incendié par des pillards (sans qu’ils soient ouvertement mentionnés, on se doute qu’il s’agit d’agresseurs israéliens) ; ils embarquent dans la citerne d’un camion pour se rendre clandestinement à la « cité du travail » (dans la nouvelle, il s’agit du Koweït).
Mais là où la nouvelle se terminait par un drame (au cours de la traversée du désert, les trois hommes meurent de chaleur, enfermés dans la citerne, sans même avoir appelé à l’aide), dans l’adaptation de Safa Amir ils se mettent à cogner contre les parois afin que le chauffeur les libère, criant qu’ils préfèrent retourner chez eux et tenter de reconstruire leur village et de replanter leurs oliviers.
La fin reste ouverte car l’album se conclut ainsi : « Le chauffeur va-t-il ouvrir la citerne ? Qu’en pensez-vous ? C’est à vous d’écrire la fin de l’histoire… »
Les illustrations sont à la fois un peu stylisées et très expressives. Les couleurs, éclatantes, accompagnent le récit, du caractère vivant et joyeux de la vie au village aux situations angoissantes de l’incendie et de l’enfermement dans la citerne.
Le texte, partiellement vocalisé, est simple et accessible à de jeunes lecteurs.
MW

