Pour ce printemps, nous vous proposons une sélection très ivoirienne : vous retrouverez Vallesse et Éburnie, maisons d’édition bien connues à Abidjan, mais vous découvrirez aussi Calebasse, la maison d’édition née en 2021 qui publie une de ses éditrices, une jeune autrice très prolixe qui écrit aussi bien des romans que des albums : Fatou Diomandé, dont nous comptons pas moins de six livres dans cette sélection et tout particulièrement un très beau roman, Sous le poids de la tradition : une fois le livre refermé, on a eu envie de connaître la suite de l’histoire. Ancienne éducatrice, elle se tourne depuis quelques années vers l’écriture et l’édition. Une nouvelle maison d’édition fait aussi ici son apparition. Une fois n’est pas coutume sur Takam Tikou, il s’agit d’une maison d’édition implantée en France mais qui retient toute notre attention car elle publie des livres aux très belles illustrations en français et en bambara. Enfin, nous continuons notre exploration de la bande dessinée pour adolescents avec trois albums publiés chez Bénin BD dont l’une allie notre modernité à l’heure des influenceurs et un monde ancien aux valeurs fondées sur la morale et le respect des autres.
bibliographie de l'Afrique
Contes
Naby Yoro. Le géant de Matakan
recueil de récits et de contes
Ce recueil publié à Conakry en 2006 ne nous est arrivé que récemment. Il est toujours disponible sur place et à Paris, heureusement, car il est très intéressant. Ce sont de riches récits de la Guinée maritime pour la plupart, des histoires vraies, de la vie quotidienne et du passé, entremêlées de légende. Le récit qui donne le titre au recueil se situe sur l'île de Matakan au large de Conakry.
Contes
Mi-N'dé-N'ga ou les larmes de mon coeur
Trois frères partent à la recherche d’une épouse. Le premier choisit trop vite ; sa femme est infidèle, contracte une maladie et en meurt, laissant une fillette. Le deuxième tombe amoureux très tard dans la nuit d’une femme qui s’avère trop autoritaire et le rend malheureux. Le troisième, généreux et plein d’amour pour son prochain, offre son aide à une jeune femme démunie et malade, qui guérit et redevient belle ; sept enfants naissent de leur union longue et heureuse. Si on ne peut qu’être d’accord sur le besoin de réflexion avant de faire un choix important et sur la valeur de la générosité et de l’amour, certaines phrases de ce conte nous rebutent, comme celle sur la femme infidèle (« Parce qu’elle avait péché, Mo-N’go est décédée ») ou celle sur la femme autoritaire (« …il était condamné par les liens du mariage chrétien à la subir tous les jours que Dieu fait ») ; des phrases qui énoncent comme vraies, des manières de voir malheureusement encore fréquentes, qui ne correspondent pas au vrai esprit chrétien. Maquette aérée et claire, avec une grande illustration sur chaque page de gauche (le nom de l’illustrateur n’est pas mentionné).
Contes
Le Mauvais juge
Après Pourquoi personne ne porte plus le caïman pour le mettre à l'eau (2007), Christophe Merlin illustre un deuxième conte de Cendrars, extrait de ses Petits contes nègres pour les enfants des Blancs. Les vêtements du pauvre tailleur sont pleins de trous : qui en est le coupable ? Il va trouver le juge (le babouin), car la souris accuse le chat, le chat accuse le chien, le chien accuse le bâton…
Contes
Mama Sambona
Pour Mama Sambona, il est temps de quitter la vie d’ici-bas. La mort s’efforce de l’emporter. En vain, vous pouvez l’imaginer ! Après diverses vicissitudes, cette dernière se laissera même aller à danser et à oublier tout pour s’abandonner aux charmes des rythmes endiablés. Mama Sambona restera parmi nous et la mort semble toute tranquille en sa compagnie : histoire étrange et plutôt gaie.
Contes
Le lion, le sanglier et le renard
conte du Zimbabwé
Ce conte nous vient du Zimbabwé, dans un texte en shona, une version française et une anglaise (ces deux dernières sont très légèrement différentes). Peu de littérature zimbabwéenne pour enfants arrive jusqu’à nous, ce petit album illustré est le bienvenu. Ce conte rappelle tout de suite l’histoire du chasseur et du crocodile... Le lion est ici le méchant crocodile, qui demande au sanglier de le libérer de son piège. Un bon conte et un grand classique, présenté dans une très bonne maquette pour un livre trilingue : dans chaque double page se trouvent, d’un côté, les trois textes (concis et efficaces, heureusement pour un trilingue), bien différenciés et mis en page ; de l’autre côté, une illustration, un dessin coloré, comme un « cartoon » drôle et sympathique, qui sera bien lisible par un groupe d’enfants.
Contes
Kolou le chasseur
Kolou le chasseur sauve la vie d’un homme, d’un rat et d’un serpent, tous les trois tombés dans un trou. Mais alors que les animaux s’emploient à tenir leur promesse de rendre Kolou riche, immortel et invulnérable, l’homme trahit Kolou auprès du roi… Un conte du répertoire traditionnel bien troussé, dont la morale, comme souvent, est de toute actualité. Cet album le présente écrit par Serge Grah, journaliste et poète, et illustré par Annick Assemian qui a signé plusieurs classiques ivoiriens pour enfants ; elle offre ici quelques très belles pages. Une bonne production (belle taille, papier glacé) des Classiques ivoiriens qui ? après une série remarquable de bandes dessinées autour de Gipépé, jeune pygmée de Centrafrique, se sont lancés en 2009 dans la publication d’albums.
Contes
Gbaan mo Fiedoalenu : Proverbes gban
Recueil de 103 proverbes des Gban, peuple du centre de la Côte-d’Ivoire dont la langue, parlée par quarante mille personnes environ, appartient à la famille linguistique mandé, comme le dioula. Les proverbes sont repartis en quatre groupes, selon qu’ils se réfèrent aux humains, aux animaux, aux arbres ou aux eaux. Pour chacun, on trouvera le proverbe en gban, la traduction française littérale et un proverbe français ayant le même sens. On peut s’interroger sur la correspondance avec le proverbe français, souvent surprenante : est-ce un choix de stricte équivalence ou un rapprochement libre jouant des connotations ? Couverture en couleur et illustrations intérieures en noir et blanc pour cette publication d’Edilis, maison d’édition d’Abidjan dirigée par Mical Dréhi Lourougnon (voir son interview dans la rubrique Dossier)
Contes
Des djinns de toutes les couleurs : Jinne yu mel nune
Paru en 1997 dans une édition qui regroupait trois histoires, cette nouvelle présentation du conte, seul, dans un album carré plus petit, permet de mieux en goûter la saveur. La cohabitation entre les djinns et les hommes n’est pas facile, surtout à l’heure de la sieste quand les petits êtres invisibles ne cessent leur vacarme…
Contes
Les Contes de Mamie Joe : Âtere tî Âta Joe
Ce recueil réunit, en version bilingue français-sango, avec une illustration noir et blanc par page entre les deux versions du texte, sept contes et récits dont cinq étaient parus séparément : « Tèrè et Sommeil », « La Création de l’homme », « La Mort », « Manu » et « La Fête » (voir Takam Tikou n°15). Ils sont accompagnés ici par « Le Serpent » où Dame Couleuvre arrive à échapper aux cailloux lancés par ceux qui la prenaient pour un serpent et par « La Cellule » qui raconte le sort d’une cellule de la peau mise à mort par les cellules du cœur qui rejettent l’idée d’une vie en dehors de leur propre monde.
Un ouvrage réalisé avec peu de moyens dans un pays, la République Centrafricaine, où il n’existe aucune maison d’édition pour enfants. On peut lire un entretien avec l’auteur-éditeur, Florence Georgette Koyt-Deballé, dans Takam Tikou n°15.
Romans
Vacances mouvementées
Les grandes vacances arrivent et, avec elles, le désœuvrement. Les petites histoires du quartier se succèdent : Namogo et ses copains sont régulièrement aux prises avec Dame Zanimaux qui a le chic pour les poursuivre quand ils shootent dans son étal de sucreries, ou encore, avec Guinot-Six-Doigts, le gardien de la grande maison en construction, que la bande s’amuse à défier… Pourtant, deux événements de nature différente vont rompre ce début de monotonie : le frère du narrateur, victime d’un accident de circulation, tombe dans le coma ; et les propriétaires de la grande maison en construction emménagent. Se chevauchent alors deux développements de l’intrigue. Le premier raconte les efforts du narrateur pour essayer de ramener son frère à la vie (faut-il sacrifier un poulet comme l’exige son rêve ?). Le second embarque le narrateur dans une traque de déchets nucléaires grâce à l’interception d’un message sur Internet. Les vacances sont mouvementées certes, mais l’histoire, quant à elle, apparaît comme décousue, tirant à hue et à dia dans des directions différentes. Récit nostalgique de l’enfance ? Enquête policière ? Drame familial ? Difficile de s’y retrouver dans ce petit roman néanmoins bien écrit.
Coups de cœur
Afrique
Le poisson magique
Le papa de Naïma est parti vivre un jour à l’étranger dans une ville étincelante. Il envoie de l’argent à la famille et téléphone le plus souvent possible. Mais il manque tellement à la petite héroïne qu’elle retourne au bord du lac, là où elle se promenait avec lui, et laisse échapper une larme au passage d’un poisson albinos qu’elle a déjà vu. C’est à ce moment-là que son aventure devient fantastique : le poisson grossit, lui parle et lui sert de monture jusqu’au dangereux chantier de la ville étincelante où travaille son père.Monde Arabe
[La maison de la sagesse]
بيت الحكمة
« La maison de la sagesse » désignait la grande bibliothèque de Bagdad, créée par le calife abbasside Haroun al-Rachid (765-809), riche en manuscrits et ouvrages du monde entier. Ce centre du savoir était ouvert aux étudiants, chercheurs, érudits et traducteurs, astronomes et médecins, qui pouvaient y trouver l’essentiel des connaissances de l’humanité. On dit que le calife al-Ma’moun, fils de Haroun al-Rachid, récompensait les savants et traducteurs en leur donnant l’équivalent en or du poids de leurs ouvrages en langue arabe…
Caraïbe
Frantz Fanon, les couleurs du combat
Ce manga biographique retrace le parcours du Martiniquais Frantz Fanon (1925-1961), un des penseurs majeurs de l’anticolonialisme, qui a passé sa vie à dénoncer les désastres du colonialisme et du racisme sur les individus. Le scénariste, Olivier Mery, est parvenu, comme il l’espérait, à rendre les idées du grand homme tout en touchant le lecteur et Daniel Fernandes de Almeida a parfaitement réussi à mettre en images son scénario. L’ensemble est un bel hommage à cet « ardent défenseur de la dignité humaine » pour reprendre les termes de l’illustrateur.
Océan Indien
Maman… c’est quoi le monde ?
Pour répondre à cette question philosophique, l’autrice a créé un bel album qui propose aux tout-petits et à leurs familles des réponses. On y découvre l’enchantement et l’émerveillement procurés par l’éveil des sens, par la découverte des émotions d’un bambin accompagné et soutenu par la patience et la présence rassurante maternelles. Les pages de gauche révèlent un texte rythmé par de jolies rimes, les pages de droite sont emplies d’illustrations superbes, expressives et amusantes.

