La littérature de jeunesse, un art africain : Panorama 2000-2015

Par Viviana Quiñones

un garçon et son grand-père dans un bateau, pêchant un poisson

2000-2015, ce sont environ 1100 titres1, publiés dans vingt pays africains ou bien hors Afrique par des auteurs et des illustrateurs de ces pays2. Nous proposons un regard transversal, à partir du poste d’observation privilégié que représente notre revue en ligne Takam Tikou et son comité de lecture.

Un article “panoramique” existe sur cette littérature allant jusqu’aux débuts des années 20003#note3 : les précurseurs depuis les années 1950, la naissance dans les années 1970 et 1980, l’essor dans les années 1990… Que s’est-il donc passé depuis?

L’édition

Si les questions d’édition ne sont pas l’objet de notre article4, un aperçu des évolutions depuis 2000 est néanmoins utile avant d’ « entrer dans les livres »5.

L’édition en Afrique

Considérant le volume (en chiffres approximatifs) de titres par pays, publications hors Afrique comprises, la Côte-d’Ivoire est en tête avec 190 titres, suivie du Sénégal, du Bénin et du Cameroun, avec environ 150 titres chacun. Le Mali, la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Togo et Madagascar, entre 90 et 50 titres; la Guinée et le Burkina, autour de 40 ; le Gabon, le Rwanda et le Centrafrique6 et entre 25 et 12 ; enfin, entre 9 et 1 titre, Djibouti, la Mauritanie, le Tchad, le Niger et le Burundi7.

Dans certains pays (Burundi, Centrafrique, République du Congo, Mauritanie, Niger, Tchad) il n’existe pratiquement pas de maison d’édition jeunesse, mais dans la plupart des pays l’édition s’est consolidée et développée8. La lancée des années 1990 a continué, le paysage éditorial s’est enrichi en quantité et en qualité et semble avoir atteint une belle vitesse de croisière.

Certaines maisons d’édition d’avant 2000 n’existent plus aujourd’hui - parfois suite au décès de l’éditeur . Nous voudrions rendre hommage ici à Yves-Emmanuel Dogbé (Akpagnon, Togo), Moussa Konaté (Le Figuier, Mali) et Claude Rabenoro (Tsipika, Madagascar). D’autres ont apparu pour disparaître ensuite, ou bien sont dormantes pendant de longues périodes. Mais la plupart des maisons d’avant 2000 sont toujours actives, et de nouvelles sont venues et restées9 - la Carte permet de voir celles de chaque pays et leurs titres.

Trois éditeurs se remarquent par la continuité et la qualité de leur politique éditoriale et de leur production : Guy Lambin, des Nouvelles éditions ivoiriennes, créées en 1992 ; Béatrice Gbado, de Ruisseaux d’Afrique (Bénin, dès 1994) et Antoinette Correa, de BLD (Sénégal, créée en 1997) ; ces trois maisons ont d’ailleurs reçu le Prix Alioune Diop de l’édition francophone en Afrique10.  Mais bien d’autres devraient être mentionnées, comme par exemple Marie-Michelle Razafintsalama (Jeunes Malgaches) ; Agnès Gyr-Ukunda (Bakamé) au Rwanda, Christiane Ekoué (Graines de pensées) et Koffivi Assem (Ago) au Togo ; Dramane Boaré (Les Classiques ivoiriens), Marie-Agathe Amoïkon (Eburnie) et Mical Dréhi-Lorougnon (Edilis) en Côte-d’Ivoire ; Moussa Konaté (Le Figuier),  Kadiatou Konaré (Cauris),  Donniya et La Sahélienne au Mali, Aliou Sow (Ganndal) en Guinée, Edmond Mballa Elanga (Akoma Mba puis Tropiques) au Cameroun… On peut constater qu’il s’agit souvent d’éditrices ! Assez souvent, les éditeurs sont aussi auteurs.

Les maisons les plus actives publient cinq à dix nouveaux titres chaque année, certaines un ou deux titres, d’autres seulement de temps en temps. Les rééditions – parfois de simples réimpressions, parfois avec de nouvelles illustrations ou une couverture cartonnée, ou avec un CD audio - sont bien plus fréquentes qu’avant 2000. Les co-éditions se sont développées et, dans une moindre mesure, les achats de droits et les traductions qui s’en suivent (en français, depuis l’anglais du Ghana et d’Afrique du sud et le portugais du Brésil, en kinyarwanda depuis l’allemand, en langues maliennes depuis le français11). Il existe quelques ventes de droits avec des traductions en anglais, en allemand (des titres de Fatou Keïta, Christian Epanya, Véronique Tadjo, des albums des éditions camerounaises Akoma Mba) et aussi quelques reprises en France d’éditions africaines !12

Le travail éditorial a considérablement évolué par rapport à l’avant 2000. Des éditeurs ont organisé des ateliers d’écriture et d’illustration ; le travail sur les textes semble plus approfondi. Les formats se sont diversifiés, depuis de petits livres carrés jusqu’à des livres géants. Les maquettes sont devenues plus claires, variées, créatives…

Si les éditons modestes persistent, la fabrication s’est aussi nettement améliorée au fil des années, chez tous les éditeurs, plus ou moins importants. Les couvertures cartonnées ont fait leur apparition ; le beau papier est maintenant la règle – parfois le très beau papier comme dans Zannou : Sur les traces de Grand-père. La qualité de l’impression est en général très bonne, et la couleur est de rigueur (sauf pour les textes longs, romans ou recueils de nouvelles). L’édition numérique commence, notamment avec NENA.13

La diffusion et la distribution ont, elles aussi, grandement évolué depuis 2000. L’association d’éditeurs Afrilivres a été créée en 2001, avec un site-vitrine précieux. Certains éditeurs ont rejoint par ailleurs l’Alliance internationale des éditeurs indépendants.

De petits chemins se sont ouverts pour la circulation des livres à l’intérieur des pays, au niveau sous régional et aussi en France, où il est devenu possible d’acheter facilement des livres africains14. La diffusion des livres électroniques commence, notamment à travers des dons de tablettes préchargées.15

La visibilité de l’édition africaine en Afrique comme en Europe s’est accrue grâce aux salons et foires du livre16, des expositions17, des sélections18, des prix littéraires19, des articles dans la presse…

Les défis pour l’édition pour la jeunesse en Afrique subsistent : besoin de formation dans toute la chaîne du livre, coût élevé du papier et des encres importés, faiblesse des canaux de distribution, prix de vente inabordables pour la majorité des familles, manque d’habitudes de lecture…  Sans parler de la paix politique et sociale, nécessaire à l’activité de l’édition, qui a manqué et manque encore dans nombre de pays. Mais le chemin parcouru depuis 2000 est considérable. Il va de pair avec des évolutions dans la société, la croissance des classes moyennes, les nouvelles habitudes d’achat de livres pour enfants par les parents dans les grandes villes, les recommandations de lectures pour l’école dans certains pays... Il est aussi le résultat de l’engagement des éditeurs pour relever les nombreux défis, pour « donner à l’enfant africain des ouvrages qui lui ressemblent et qui le nourrissent de la sève culturelle de son terroir ».20

Outre les maisons d’édition proprement dites, d’autres acteurs sont importants dans le paysage éditorial. Une multitude de structures produisent livres et journaux pour la jeunesse: des associations et des ONG en grand nombre, des structures confessionnelles, des bibliothèques. Le livre ou le journal est dans ces cas intégré à une action, il fait partie d’un dispositif : la sensibilisation à une question de société ou de santé, les échanges entre pays dans le cadre d’un partenariat, l’action d’une bibliothèque pour proposer des livres proches des réalités des lecteurs…21

Enfin, des auteurs et des collectifs d’illustrateurs publient eux-mêmes leurs œuvres, à compte d’auteur (ou par des services publiant en ligne tout auteur qui le souhaite et imprimant à la demande) ou en créant des maisons d’édition, éphémères22.

La fabrication, dans ces deux derniers cas, peut être de la même qualité que celle de l’édition commerciale, ou bien beaucoup plus modeste, voire artisanale. Les tirages peuvent être élevés (25 000 exemplaires), pour des canaux de diffusion différents : distribution gratuite dans les écoles, achats par des donateurs, vente directe par les auteurs… Ces ouvrages touchent ainsi des lecteurs qui n’accèdent guère aux livres par les librairies ni les bibliothèques.

 

L’édition en langues maternelles

Elle s’est développée dans ces 15 années, en particulier au Rwanda et à Madagascar - le kinyarwanda et le malgache, parlés par tous, sont les langues de l’école – mais aussi, de manière plus minoritaire, ailleurs : au Sénégal, en Côte-d’Ivoire, surtout au Niger où l’État mène une politique de promotion des langues dans l’éducation et l’édition. En effet, l’essor de l’édition en langues, qui va de pair avec les politiques éducatives, devrait se développer si la tendance se confirme du passage à un enseignement de base en langues maternelles ou bilingue français – comme cela a été réaffirmé lors du premier Salon de l'écrit et du livre en langues africaines tenu à Bamako en janvier 2016.

Pour le moment, rares sont ceux qui savent lire dans leur langue maternelle – voir « Langues et lecture dans les bibliothèques africaines » dans le dossier que Takam Tikou a consacré à cette question fondamentale,  « Langues et livres pour la jeunesse ». Ce dossier offre notamment une bibliographie des livres en langues africaines disponibles jusqu’en 2012 (monolingues et bilingues français) – ces livres sont présentés depuis dans les bibliographies Afrique de la revue. C’est souvent encore « pour le principe » que l’on publie en bilingue, des contes mais aussi des albums, des romans, des documentaires… dans des éditions de plus en plus belles. Et des livres en français peuvent être accompagnés d’un CD avec une lecture du texte traduit en langue – voir l’entretien avec Fatou Keïta.

L’édition hors Afrique

Pour certains pays, la proportion des titres publiés à l’étranger est très importante : grosso modo, 90% pour le Congo et la Mauritanie, 80% pour la RDC23, deux tiers pour le Gabon,  la Centrafrique et le Niger, plus d’un tiers pour le Cameroun… Leurs auteurs et illustrateurs habitent, sauf exception, dans le pays de publication de leur livre– dans la plupart des cas, la France – voir « Lieux d’édition hors Afrique francophone » dans la Carte.

Ces titres venus enrichir l’édition française sont publiés par trois types d’éditeurs. D’abord, des éditeurs « généralistes » où les Africains côtoient les auteurs français et étrangers (L’Ecole des loisirs, le Seuil, Gallimard, Syros…). Ensuite, des éditeurs plus ou moins spécialisés sur l'Afrique (parfois africains eux-mêmes) : L’Harmattan avec un fonds très important d’albums, contes et BD, Présence africaine, Acoria (du Congolais Caya Makhele), Vents d’ailleurs, Dagan et bien d’autres, souvent confidentielles. Enfin, les éditeurs qui publient pour vendre en Afrique, notamment Édicef (branche de Hachette) avec d’importantes collections d’albums (Le Caméleon vert) et de romans et nouvelles (Afrique en poche et Buzz, disponibles aussi en eBooks), mais aussi Belin qui a traduit en français des livres d’Afrique anglophone.24

Les auteurs et les illustrateurs

De nouveaux livres d’auteurs de la 1ère génération (nés dans les années 1930) sont encore publiés après 2000 : Annette M’baye d’Erneville et Fatou Ndiaye Sow (Sénégal), Micheline Coulibaly (Côte-d’Ivoire), Yacouba Diarra (Mali), Ernestine Gbonfou (Bénin), Guy Menga (Congo). La plupart des auteurs de la génération suivante ayant commencé à publier avant 2000 ont continué dans leur lancée, comme Fatou Keïta, Véronique Tadjo, Muriel Diallo et Tanella Boni (Côte-d’Ivoire), Béatrice Gbado (Bénin), Moussa Konaté, Ousmane Diarra et Ismaïla Samba Traoré (Mali), Kidi Bebey (Cameroun)… De grands auteurs sont décédés dans ce début du siècle : Francis Bebey, Fatou Ndiaye Sow, Micheline CoulibalyMoussa Konaté, Salim Hatubou.

Et beaucoup d’autres ont surgi depuis 2000 : Koffivi Assem (Togo), Marie Félicité Ebokea/ Marifelbo, Joëlle Esso, Alain Dzotap, Jessica Reuss-Nliba, Anselme Djeukam et Christophe Ngalle Edimo (Cameroun), Marguerite Abouet, Claire Porquet, Michelle Tanon-Lora et Gina Dick (Côte-d’Ivoire), Awa Ndir Seck et Nafissatou Dia Diouf (Sénégal), Gabriel Kinsa (Congo)… il est impossible de citer les noms de tous les auteurs significatifs ! Et il en apparaît de nouveaux chaque année.

Les profils des auteurs sont variés :de nombreux enseignants du primaire jusqu’à l’université, des conteurs (qui n’écrivent pas que des contes, comme Gnimdéwa Atakpama et Gabriel Kinsa), des auteurs écrivant aussi pour les adultes (Véronique Tadjo, Gustave Akakpo, Adélaïde Fassinou, Sokhna Benga)…, même un Président de la République (nous laissons le lecteur le découvrir dans la Carte de la littérature par pays), preuve de l’importance qui peut être accordée au livre pour la jeunesse. Les ateliers organisés par des éditeurs (BLD, Bakame, Ruisseaux d’Afrique, Ganndal…) ont permis à des auteurs de naître. Enfin, de nombreux enfants et jeunes sont auteurs de textes, crées en général dans le cadre d’un concours (fréquents au Cameroun), d’un projet avec un partenaire français, d’échanges entre classes, d’ateliers d’écriture à l’école… des opérations qui peuvent donner lieu à des publications très intéressantes.25

Quant aux illustrateurs, nombre de ceux ayant commencé avant 200026 ont poursuivi et développé leur travail : Christian Epanya (Cameroun), Dominique Mwankumi, Barly Baruti et Pat Masioni (RDC), Hector Sonon et Ponce Zannou (Bénin), Svetlana Amegangpoé et Aly Zoromé (Mali), Moustapha Ndiaye (Sénégal), Lassane Zohoré et Annick Assemian (Côte-d’Ivoire), William Wilson (Togo-France)…  Et comme pour les auteurs, beaucoup d’autres ont surgi depuis 2000 : Hortense Mayaba, Roger Boni Yaratchaou, Hervé Alladayè, Hervé Gigot (Bénin), KanAd (Togo), Muriel Diallo (Côte-d’Ivoire), Lamine Diémé et Dialiba Konaté (Sénégal), Serge Diantantu (RDC), Didier Kassaï (Centrafrique), Joëlle Esso (Cameroun)…

Les illustrateurs sont parfois des peintres (comme Irina Condé en Guinée et Ponce Zannou au Bénin), souvent des dessinateurs de presse et de bandes dessinées, parfois des artistes traditionnels (appliqués sur tissu comme Julien Yémadjè, des créateurs de sous-verres à Dakar). Certains ont fait les Beaux-Arts, d’autres se sont formés lors d’ateliers – après les ateliers des années 1990, ceux des années 2000 ont été animés par des illustrateurs africains, notamment Dominique Mwankumi -, d’autres enfin sont autodidactes. Certains écrivent parfois eux-mêmes leurs textes.

Les auteurs et les illustrateurs vivant en Afrique publient dans leur pays ou dans un autre pays africain (rarement en France27). Des auteurs étrangers y publient aussi, qu’ils y soient installés (Charles Bailleul, Svetlana Amegankpoé, Kyoko Dufaux…) ou non (Yves Pinguilly, Jean-Yves Loude, Isabelle Calin …).

Ceux qui vivent en Europe y sont arrivés plus ou moins jeunes, ou sont nés de parents africains. Ils appartiennent, à des degrés divers, à deux mondes – c’est le thème de l’album Le Cultivateur et le chimpanzé de Gustave Akakpo, qui conclut que la double culture est une richesse… Leurs œuvres, comme celles des auteurs vivant en Afrique qui ont eu une éducation européenne ou se sont intéressés à la littérature étrangère pour la jeunesse, témoignent, de différentes manières, d’un rapprochement des canons de la littérature « mondialisée ».

Comme les éditeurs, les auteurs font très souvent preuve d’un engagement fort, dans trois sens : donner aux enfants des livres parlant de leur quotidien, valoriser et transmettre un patrimoine, livrer un message important par rapport à des situations graves touchant les jeunes.

Les contes

Comme avant 2000, les contes issus de la tradition orale sont au cœur de la littérature de jeunesse. L’édition offre un formidable trésor de contes de tous les pays africains francophones sans exception – pour certains pays, on ne trouve qu’eux, les contes. Ils sont publiés par tous les types d’éditeurs, en Afrique et en France, et sur Internet. Ils proviennent d’innombrables peuples et langues de toutes les régions : la savane et le désert, les côtes, les forêts, les îles…

Les auteurs sont souvent des conteurs actifs dans leur pays, comme Massamba Guèye (Sénégal), ou en France, où ils sont nombreux à écrire : Gabriel Kinsa, Souleymane Mbodj, Mamadou Sall, Rémi Boussengui, Salim Hatubou… Ce sont aussi des collecteurs, parfois des universitaires, des ethnolinguistes, qui travaillent à partir d’enregistrements. Des écrivains reconnus de la première génération (Senghor, Amadou Hampâté Bâ, Bernard Dadié, Birago Diop) ont écrit des contes qui sont toujours disponibles en réédition, à commencer par La Belle histoire de Leuk-le-lièvre28, œuvre fondatrice et marquante, qui a suscité de nombreuses versions et adaptations. Les auteurs d’autres genres de livres pour la jeunesse écrivent aussi des contes, comme Josette Abondio. Mais très souvent, il s’agit de personnes qui ne sont ni conteurs, ni universitaires, ni écrivains mais qui se souviennent de leur propre enfance, de ce qu’ils ont écouté le soir, de la bouche de leur grand-mère ou de leur oncle et qui veulent le sauvegarder et le transmettre.

Quand on sait le rôle fondamental du conte en Afrique depuis la nuit des temps, pour l’éducation, la socialisation, la transmission du patrimoine, la narration d’histoires, le divertissement… et que ce dispositif culturel de base a été brisé, et que ces trésors immatériels séculaires sont en train de se perdre, qui plus est à une époque où on n’échappe plus à la mondialisation, il n’est pas surprenant qu’il y ait urgence à mettre tout cela par écrit. 

Les éditions, de la plus modeste à la plus luxueuse, s’adressent à tous les âges, des tout-petits aux plus grands et le « tout public », dans des formats divers, plus ou moins illustrés. Les albums sont très présents, parfois dans des collections (Lunes enchanteresses chez Ruisseaux d’Afrique, Conte chez Graines de pensées, Contes des quatre vents chez L’Harmattan qui publie des auteurs et des illustrateurs de presque tous les pays). Les recueils sont eux aussi très nombreux et paraissent souvent dans des collections (Sagesses africaines chez Ruisseaux d’Afrique, Aux origines du monde chez Flies France, La Légende des mondes chez L’Harmattan). Ils rassemblent en général des contes d’un peuple (contes bamoun, dioula, mooré et des dizaines d’autres), le plus souvent celui de l’auteur, mais certains recueils réunissent de contes de différents peuples d’un même pays. Quelques recueils, comme Le Partage du butin,  incluent des récits et des anecdotes de la vie quotidienne du passé ou actuelle. Des contes longs peuvent être publiés seuls (La Hache des chimpanzés, Le Destin de Leldo Tara).

Les contes sont présentés « nus » ou bien accompagnés, en introduction, postfaces ou notes, d’explications sur le peuple en question et sa culture, sur le conte en général, sur le mode de collectage, sur les conteurs entendus. Ils sont parfois suivis de devinettes ou de proverbes, et de pistes d’exploitation pédagogique, comme dans Tout conte fait.

Traduits en français depuis les très nombreuses langues d’origine, de nombreux contes sont présentés dans des éditions bilingues voire trilingues. Les textes français incluent souvent des termes dans la langue originale, expliqués en note ou dans un glossaire. Ils peuvent être plus ou moins adaptés aux jeunes ou interprétés, et plus ou moins près de l’oralité, incluant ou non ses formules, chants et ritournelles, des proverbes, des adresses à ceux qui écoutent, des questions à la fin pour amorcer le débat. Parfois, un récit-cadre présente la grand-mère, la tante ou le grand-père qui content, restituant l’atmosphère vivante de la veillée, comme dans Chevaux fabuleux.

Tous les types de contes sont présents : initiatiques, merveilleux, de sagesse, de création, d’explication, facétieux… Les fables aussi, avec des situations de la vie quotidienne.

Les longueurs (d’une page à une vingtaine), les structures sont variées (randonnée, quête, joute verbale…) ; les tons aussi, depuis le plus grave au plus léger et humoristique – l’illustration apporte souvent une touche d’humour. La langue (de la plus accessible à la plus précieuse) et les styles (du plus simple, pour les tout-petits, au plus élaboré – Le Tracas d’un rêve : conte vili est en alexandrins !) sont variés aussi.

Les thèmes, les motifs, les personnages sont bien sûr impossibles à résumer. Précisons seulement que les personnages sont souvent des enfants et des jeunes - des enfants courageux ou terribles, bons et méchants, des filles « difficiles » qui ne se satisfont d’aucun homme, des orphelins, des frères qui rivalisent… - mais aussi des hommes et des femmes, des génies autres esprits et bien sûr, d’innombrables animaux de la savane, de la forêt et de la basse-cour, mais aussi le soleil et la lune…

Le rôle éducatif propre au conte se manifeste de manière plus ou moins appuyée mais il est toujours là. On veut transmettre des valeurs qui persistent : le courage, la générosité, l’hospitalité, la modestie, la pondération, la débrouillardise… Mais certains contes se passent d’une révision des valeurs, comme L’Origine du veuvage ou Pourquoi le Maure craint l’eau.

Rappelons enfin qu’outre le conte, d’autres genres de l’oralité sont présentes, dans une bien moindre mesure, dans les livres : fables, mythes, légendes, chants, proverbes, devinettes… et l’épopée, qui rejoint l’histoire.

L’oralité aujourd’hui

De plus en plus les éditions, tant en Afrique qu’en France, contiennent un CD audio avec la narration orale du conte (parfois en français et dans la langue d’origine) et un accompagnement musical avec des instruments traditionnels, des chants et parfois du bruitage. Car si les livres transmettent le conte, la littérature par la voix, la musique, la performance, la rencontre continue d’exister : " le conte qui est à l'origine oral ne doit pas perdre de son oralité, il doit continuer à être dit même si nous avons le devoir de l'écrire"29. D’ailleurs, de nombreux festivals existent aux niveaux local, régional, national et international, des caravanes du conte, des compétitions (comme dans la tradition), des émissions radio et d’autres initiatives organisées régulièrement dans des villages et en ville par des associations, des collectifs et des compagnies d’artistes, ou des centres créés dans ce but : La Cour des contes au Togo, La Maison de la parole au Burkina Faso, Jawabi au Niger, Leebon Ci Leer au Sénégal…, qui dispensent souvent des formations. Sont ainsi proposés des veillées, des mises en scène de contes et d’autres spectacles par des « artistes de la parole » intégrant chant, musique, danse, poésie. Dans les langues originales et aussi en français, ils s’adressent à tous mais les jeunes, à qui on souhaite faire découvrir ou redécouvrir les richesses de la tradition orale, sont une cible privilégiée. Les bibliothèques ouvrent très souvent leurs portes aux conteurs, tant en Afrique qu’en France où les conteurs se produisent aussi lors de festivals et dans les écoles.  Par ailleurs, ces structures collectent, enregistrent, répertorient et traduisent. Comme les conteurs, elles se soucient de la préservation et la diffusion des performances : elles en font des enregistrements audio et vidéo et les publient sur Internet30.

L’importance accordée à la littérature qui passe par la parole dépasse les contenus traditionnels : Fatou Keïta publie désormais ses albums et réédite des anciens avec un CD (incluant des lectures en langues maternelles), de même Christian Epanya, dont Le Grand retour du taxi de Papa Diop permet de télécharger la version audio en mp3.

Conte et création

Les textes des contes ne sont pas que des transcriptions : les auteurs revisitent les histoires, les enrichissent, les adaptent, n’hésitant pas à modifier des éléments essentiels comme la fin : dans La Bonne fille, la marâtre qui a envoyé l’enfant mail aimée en brousse fait preuve, à son retour, d’une belle réaction. Mais le conte inspire les auteurs bien au-delà du conte traditionnel.

D’une part, ils choisissent cette forme, très riche, pour leurs créations, écrivant une multitude de nouveaux contes. La plupart permet de dénoncer des comportements et de véhiculer des valeurs jugées nécessaires aujourd’hui. Ainsi, dans La Véritable histoire du singe, ceux qui font la guerre, ordonnent que les filles soient enlevées de l’école, maltraitent des enfants… sont transformés en singes ! Le respect de la nature, la paix et la tolérance, le civisme, la démocratie sont des valeurs très présentes dans ces nouveaux contes. D’autres sont plus « gratuits » comme Le Rat et le serpent

D’autre part, le conte irrigue l’écriture d’autres genres de mille manières. En effet il est le « capital littéraire » des auteurs – pour certains, presque le seul référent en matière de littérature de jeunesse – tant dans la forme que dans les contenus. Par ailleurs, il les « connecte » à leur propre enfance. « Mon amour pour la littérature est né au flanc de ma grand-mère » dit Séverin Cécil Abega.

La présence du conte est parfois évidente : des personnages des contes apparaissent dans des fictions qui ne sont pas des contes (comme Mamy Wata dans La Pêche aux écrevisses) ; des contes sont imbriqués dans des documentaires. Elle peut être moins facilement décelable, comme dans la manière de raconter : Koffivi Assem dit à propos de son roman La Belle ensorcelée (une « Belle au bois dormant » dans l’ancien royaume Ewé) : « la façon dont les Africains, surtout les Togolais, racontent le conte est particulière […] J’ai décidé d’écrire mon livre comme un Africain raconterait un conte »[1]. Le conte apporte aussi et peut-être surtout, l’enseignement, le didactisme si marqué dans des fictions ne provenant pas de la tradition orale. Et souvent, une phrase finale donne un sens moral ou explicatif à une histoire qui ne semblait pas en avoir – comme dans La Ceinture de madame Fourmi ou dans Ziguidi et la flûte enchantée. Un autre cas « d’irrigation » : c'est surement le conte qui donne cette liberté d’inclure le fantastique, le merveilleux à l’intérieur d’histoires autrement réalistes…

Livres d’images, bandes dessinées, romans

Les livres d’images

L’album s’est affirmé comme un genre de prédilection. Les albums pour tout-petits, rares avant, ont fleuri dans cette période– on peut lire « L’édition d’ouvrages pour les petits au Bénin et en Côte-d’Ivoire ». De petites histoires en mots et en images sont parues chez presque tous les éditeurs, parfois autour d’un héros tout-petit - Coco taillé et Kadi la petite fille (Ruisseaux d’Afrique), la désormais célèbre Bibi (Les Classiques ivoiriens) - ou un animal : Bovi le petit cabri, Toutou le cochon (Ruisseaux d’Afrique) - , soit dans des collections dédiées : Tété (BLD), Le Serin et Le Grand livre de la maternelle (Ruisseaux d’Afrique), soit dans des collections intégrant des albums pour plus grands, comme Le Caméléon vert (Edicef en co-éditions) ou Frifrini (La Sahélienne) et aux Nouvelles éditions ivoiriennes.

Les albums pour des plus grands, avec des textes plus longs, sont encore plus nombreux : les collections Selbé (BLD) et La Libellule (Ruisseaux d’Afrique), la production des Nouvelles éditions ivoiriennes et de tant d’autres éditeurs. Ils s’adressent aux enfants à partir de 5/6 ans, certains à de bien plus grands et des adolescents, comme Coiffures «Coupé Décalé» ou Les Rois de la sape.

Les bandes dessinées

« À partir des années 2000, la bande dessinée en Afrique connaît, de façon générale, une fulgurante éclosion » dit Deubou Sikoué dans le dossier que Takam Tikou a consacré à la bande dessinée en 2012. Le constat ne s’est pas démenti depuis.

Les BD sont souvent publiées dans des journaux, comme Planète jeunes et Planète enfants. En Afrique, elles paraissent en général dans des éditions petit format, comme la collection Prémices chez Star (Bénin) et les journaux, éphémères, comme Bitchakala (Cameroun) et Ago fiction (Togo). Mais sortent en grand format les très nombreuses BD portées par des ONG pour faire passer un message : santé (surtout le sida), environnement, civisme, droits des enfants… - on peut lire, sur les très nombreuses BD « de sensibilisation », "La bande dessinée éducative en Afrique : un média au service de la société". Les tirages peuvent être très importants, pour une distribution gratuite : comme le dit l’article cité, la BD est en Afrique « un médium pour toutes les couches de la population, y compris pour celles qui n’ont pas la culture de la lecture ou qui n’ont pas la télévision ».

En France et en Belgique, la BD africaine paraît dans des revues, elles aussi éphémères, et dans des albums de l’édition généraliste et « africaniste » ; la collection L’Harmattan BD, dirigée par le grand spécialiste de la BD africaine Christophe Cassiau-Haurie32, est remarquable, avec ses albums couleur réalisés par une myriade de dessinateurs et scénaristes de divers pays, parfois des rééditions de titres parus en Afrique.

Nombre de BD sont historiques ; quelques-unes, des adaptations. Bien d’autres se font l’écho à travers leurs histoires de questions graves (pauvreté, guerre, immigration, corruption, environnement). Dans un autre registre, les BD autour de la vie des jeunes (Aya de Yopougon, scénarisée par l’Ivoirienne Marguerite Abouet, traduite en anglais, espagnol et portugais, est devenue célèbre), les BD d’aventure et d’action. Certaines sont pleines d’humour, comme Aya de Yopougon, mais aussi Zamzam le tiers-mondiste, tordante, et bien d’autres.

La plupart s’adresse aux adolescents et aux adultes (certaines ne s’adressent qu’aux adultes) mais il en existe quelques-unes pour les plus jeunes : « Max et Dina »et « Bola et Ba »parues dans Planète Enfants, la série très drôle des Dipoula, Petit Joss, la série d’Akissi

Les styles d’images sont variés : ligne claire, caricature, stylisé et original comme Le Croqueur croqué ou Cargaison mortelle à Abidjan, inspirés des comics américains ou proches de l’art populaire ou des panneaux des rues…

Les romans et les nouvelles

Il en est paru moins que les ouvrages des genres précédents. Au début des années 2000, la collection Lire au présent (CEDA/Hurtubise) est innovante, avec des textes dans un style simple sur des sujets proches des réalités des jeunes. En 2004 paraissent au Congo les premiers livres pour enfants du pays, quatre bons petits romans chez Mokand’art, et nait la collection JL (Nouvelles éditions ivoiriennes), qui se nourrit petit à petit de romans et nouvelles mais aussi de contes.  En 2011, Buzz (Edicef) vient enrichir considérablement l’offre de romans pour divers âges (3 niveaux, indiqués), tant avec des rééditions qu’avec des inédits, tous intéressants, comme ceux de Moussa Konaté, Marifelbo, Marie-Félicité Ebokéa et Kidi Bebey. Une collection pour ados, Gos & Gars, vient de naître en Guinée  - sur l’offre de lecture pour adolescents, lire Que raconte la fiction africaine aux ados depuis 15 ans ? D’autres récits paraissent hors collection chez divers éditeurs, comme Les Classiques ivoiriens (de Josette Abondio et d’Isaïe Biton Coulibaly ou Vallesse (Côte-d’Ivoire).

Il s’agit presque toujours de récits courts, entre 30 et 120 pages, publiés seuls (parfois assez illustrés), ou réunis dans un recueil.33

Des thèmes proches de la vie des enfants

Livres d’images, bandes dessinées et romans offrent des fictions mettant en scène les enfants et les jeunes, des tout-petits au grands ados, en ville ou au village, de tous les milieux sociaux. Ils sont les héros d’histoires qui racontent la vie quotidienne, les soucis, les désirs, les liens avec les adultes, les petites ou grandes aventures…

Ces héros sont des garçons et, plus qu’avant, des filles, actives, curieuses, même intrépides qui, contrairement à ce qui se passe souvent dans les contes, ne sont pas punies pour leurs initiatives : L’Affaire des sandales de tante Fatou, Akissi, Mado l’enfant curieux

Une multitude de petites histoires en images déroulent la vie de famille avec douceur et humour : les animaux domestiques (singe, cochon, le mouton…), les poupées, les robes,  les rapports entre frères et sœurs, les petits dilemmes (prêter ou rendre, perdre une dent)…  Les personnages sont souvent des animaux, surtout des singes (Le Bébé de madame Guénon, Malin comme dix singes, Tiratou, la petite guénon…), mais aussi des chats et des chiens, des cabris…

Pour les plus grands, de bons petits romans d’aventures comme ceux de la série des Saï-Saï, qui rapelle Le Club des cinq d'Enid Blyton, dans la collection Buzz. La vie quotidienne des ados et leurs émois sont surtout présentes dans les BD - les séries « Takef »et « Lycée Samba Diallo » dans Planète Jeunes, Jolivi, Ago feuilleton… et bien sûr Aya de Yopougon – ce n’est que dans cette dernière que se pose la question de l’identité sexuelle, et dans le remarquable Mon singe a le vertige…

Les vieilles personnes, surtout les grand-mères, sont très présentes, dans les albums comme dans les romans, comme depuis le premier texte de fiction, Un enfant comme les autres (1972), avec Ayaa, première grand-mère de toutes celles que la littérature africaine de jeunesse offrira : celles de Mémé, Une merveilleuse grande mère, Mamita, Ali Boum Yé et Nago ou comment s'en sortir, Kamba la sorcière, Mama Chaï… Pour les grand-pères, le remarquable Zannou : Sur les traces de grand-père, Lamba, Un papy sympa, Le Plus beau cadeau de Noël… Des figures toujours aimées, tutélaires, complices ou guides,  cependant que les parents, aimants dans les albums, sont dans les romans souvent « accusés » d’abandon, de démission, de manque de bon conseil, ce qui engendre des conflits. Le besoin de communication entre parents et enfants est souvent souligné.

Grandir, trouver sa voie est un thème important dans nombre d’albums et de romans « exemplaires » où le héros ou l’héroïne croit en son destin et prend sa vie en main (Alamako l’enfant au grands rêves, Nago où comment s’en sortir et Ali Boum Yé : le combat du siècle, Le Destin d’Aïssata… Dans d’autres textes, il ne s’agit pas tant d’obstacles mais de chemins sereins : Le Petit photographe de Bamba, les nouvelles d’Enfances autour des chemins menant les auteurs à l’écriture… L’opposition ville-village centrale dans les itinéraires de vie des auteurs de la première génération n’apparaît que dans quelques ouvrages, renouvelée (Le Secret de Bomba) et dans les rééditions (Abboki ou l’appel de la côte).

Aller à l’école est une question centrale pour les destins des enfants, qui mérite qu’on la défende ; elle est au centre de nombreux albums (Boni l’enfant qui voulait aller à l’école, Touyaya ira-t-elle à l’école ?, la collection Fadia, La Toupie rouge, Leïla ou la rage d’apprendre, Le Rêve d’Amina…) et romans (Le Destin d’Aïssata, La Dernière Chance…).

Le voyage est au cœur de très nombreux récits : le voyage pour quitter le village et la famille pour la ville (Mon premier voyage, Louty l’enfant du village, La Gifle, Yèmi ou le miracle de l'amour…) mais surtout le voyage en vacances au village, une occasion pour les aventures et le contact avec les modes de vie traditionnels (Le Baptême de la brousse, Oumar et Mariam, Le Bonnet du sorcier…), parfois à haute valeur documentaire (Souvenirs de vacances, La Plantation de grand-père…). D’autres voyages mènent vers les racines (en Afrique, comme Sarcelles-Dakar et L’Enterrement de ma mère ; en Chine dans Kuan Ti).

Enfin, l’enfant différent est un thème important : qu’il soit gros (Tout rond), pauvre (La Robe de Ninie, La Poupée de bord de mer), chinois (Les Ballons messagers)…

Cette question de l’enfant différent amène à tous ces récits qui, contrairement à ceux évoqués qui narrent des enfances et des jeunesses plus ou moins heureuses mais « normales », mettent en lumière l’enfance maltraitée, des vies soumises à d’extrêmes violences. A hauteur d’enfant dans les albums, mais parfois avec un réalisme assez cru dans les romans et les bandes dessinées, les livres témoignent de manière plus ou moins appuyée ou démonstrative, des violences faites aux jeunes et livrent des messages urgents pour le bien-être des enfants et de la société toute entière34

Ainsi, les cas d’enfants mis à l’écart, rejetés voire gravement agressés parce qu’ils sont différents : handicapés (Des jambes pour Aliou, Mouka et le petit avion du blanc, Koumen et le vieux sage de la montagne), albinos (Drôles de jumelles), nés avec deux dents (Souroukani), orphelins (Kayéli, Elikya le petit orphelin) ou bien trop grands ou autres et donc déclarés enfants sorciers (L’Enfant sorcier, Solane, l’enfant sorcier) – des souffre-douleurs comme le Jankina, le chimpanzé du conte d’Abega. Ces titres et bien d’autres remettent en question, dénoncent des comportements traditionnels de discrimination, voire de diabolisation du différent. Ces comportements, eux, ne sont pas à retenir mais bien à abandonner de manière urgente, de même que les mariages forcés (Bella fait la classe), l’excision (La Blessure), l’exclusion de l’école pour les filles, la maltraitance aux filles placées (Binta la petite vendeuse, Lazonie la petite ménagère, Yémi ou le miracle de l’amour, Kaïvi, l’enfant placée) et aux petits talibés (Waali le petit talibé), les enfants battus (Lam l’enfant battu, La Petite Djily et Mère Mamou) ou esclaves (Les Trois singes : je reviendrai). 

Sont montrées et dénoncées aussi des violences propres à notre époque : la vie dans la rue (Petit Jo enfant des rues), le trafic d’enfants (La Fille des eaux, Haïti mon amour), le sida (Un arbre pour Lollie, Un papy sympa, de nombreuses BD comme Yannick Dombi ou le choix de vivre et Terreur à Lambaréné, Les Diamants de Kamituga et Monzeli, Makaya, Nzinga et les autres), la misère et le chômage (Demande d’emploi, des BD). L’immigration est au centre de nombre d’ouvrages, comme les BD Des clandestins à la mer, Là-bas… Na poto, Alpha : Abidjan – Gare du Nord, « Le Voyage de Bouna » dans  Nouvelles d’Afrique

D’autres problèmes sont présents – la corruption, la saleté des quartiers, l’inaction des pouvoirs publiques, l’oppression, comme dans le roman « fantasy » Kanuden…) mais ce sont surtout les guerres et les enfants soldats qui sont au cœur de très nombreux ouvrages - voir l'étude "Guerre et littérature africaine de jeunesse".

La poésie et le théâtre

La poésie

La poésie a été comme elle l’est si souvent, la seule manière de pouvoir exprimer l’horreur. Deux recueils poignants sont parus au Rwanda, Tambours pour la paix, courts poèmes écrits par des enfants qui ont connu la guerre, et Telling our Own Stories : Poems by Rwandan Youth 20 Years after the Genocide – en anglais, langue devenue officielle en lieu et place du français après le génocide.

Quelques recueils de poèmes écrits pour les jeunes sont parus, et surtout, dans des éditions remarquables, deux longs, beaux poèmes de Béatrice Gbado, odes à la mère - Maman, magnifiquement illustré par des sous-verres - et au père - Je t’aime papa, avec des peintures de Ponce Zannou ; d'’autres albums magnifiques de l’auteur-éditeur sont empreints de poésie, Barka, l’ami de Sayouba et Tourterelles de mon enfance.

Enfin, signalons une marque singulière de l’attachement à Senghor, l’adaptation en BD de trois de ses poèmes, dans Senghor Cent ans (au Burkina).

Quant au slam, écrit et interprété  par des jeunes adultes, souvent militant, il est répandu dans toute l’Afrique, renouant avec la tradition des récits oraux et des joutes oratoires. Des recueils par des poètes-slameurs slam sont parus, comme Art de déclamation massive : ADM. Insa Sané, slammeur, a écrit deux romans pour jeunes remarquables. Le slam apparaît aussi dans Un livre pour deux mains, des textes profonds, sensibles, écrits par des lycéens.

L’édition jeunesse française propose de rares anthologies pour jeunes de poèmes d’auteurs pour adultes (comme la remarquable La Poésie africaine préparée par Bernard Magnier, avec des poètes contemporains) et un très bel album, La Ballade toucoulore de Samba Foul, chant épique de Senghor. Elle propose aussi des recueils de berceuses et de comptines, comme le précieux, Comptines et berceuses du baobab : L’Afrique noire en 30 comptines (en différentes langues, avec CD) et Mes comptines d’Afrique (berceuses et chansons).

Le théâtre

Les pièces (rares) incarnent, davantage qu’avant 2000, des messages forts par rapport à des problèmes de société. Atterrissage de Kagni Alem (Togo) est une tragédie poignante à la mémoire de Yaguine Koïta et Fodé Tounkara, les deux garçons guinéens morts de froid cachés dans les roues d'un avion. Publiée par les éditions Nzé, elle est suivie d’une postface d’Emmanuel Dongala (Congo), un appel aux écrivains africains à créer pour les jeunes, leur faire savoir que la vie peut être meilleure, les inciter à se placer près de leur souffrance pour en parler.

Des « drames familiaux »sont mis en scène dans Conflit familial (Cameroun/Rwanda) et L’Ordonnance (Côte-d’Ivoire). Les titres de la collection La Santé par le théâtre (RDC) parlent d’eux-mêmes : Jeunes, ne devenez pas père ou mère trop tôt : Pièce de théâtre a caractère medical de lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles, Monzeli ou les jeunes à l’heure du sida (adaptation d’une BD) et Si Hélène m’était contée : une pièce en faveur de la réhabilitation de la personne handicapée. L’auteur monte les pièces avec une troupe de lycéens ; en effet la vitalité du théâtre scolaire continue, avec des festivals nationaux – en Côte-d’Ivoire (festival actuellement en sommeil), au Bénin, au Gabon (5ème édition en 2015)…

Les documentaires

La production de documentaires connaît une évolution majeure : s’il existait quelques documentaires avant 2000, c’est dans les années 2000 que la production se développe, avec des ouvrages pour tous les âges, dans tous les formats et en général très illustrés.

Cela commence avec la collection d’albums Métiers d’Afrique (sept titres depuis La Teinturière jusqu'aux Mineurs du désert), manifestant d’une belle manière que la transmission du patrimoine ne se limite plus aux contes mais inclut les savoirs traditionnels, les croyances… Bien d’autres titres s’attacheront ensuite aux métiers, à des lieux remarquables (Djéné, Tombouctou, Le Pays dogon), à des traditions comme les cultes ou les scarifications (la collection Cauris d’or), à l’habitat, aux animaux dans le contexte d’une culture, aux modes de vie traditionnelles (Goumâlo fils de bergers peuls), à l’habillement ou l’alimentation (collection Arts de vivre en Afrique)…

L’histoire est un autre grand sujet. Elle passe très souvent par l’épopée (celle de Soundjata dans de nombreuses ouvrages, celle de Chaka), et les biographies : Senghor, Mandela (Madiba et le vieux lion et bien d’autres), Simon Kimbangu, Ahmadou Bamba, des footballeurs… et toutes celles de la collection Lucy (Cauris) de portraits illustrés de grandes figures du monde noir (rois et reines, hommes politiques mais aussi sportifs, musiciens…). D’autres s’attachent à un épisode (le magnifique Voyage de l’empereur Kankou Moussa), à une période (celle écoulée depuis les Indépendances, à l’occasion des 50e anniversaires : Congo 50, Le Mali de Madi, Grand-père raconte-nous le Congo), à l’histoire de l’esclavage (Mémoire de l’esclavage), à une guerre (Chroniques de Brazzaville)

Les droits des enfants et le civisme sont défendus dans nombre d’ouvrages, comme ceux de la collection Mouss, la série BD Kouka35 de large diffusion au Burkina…

Sur les sciences naturelles, la collection À la découverte de la vie est à signaler, avec ses albums autour de la reproduction (voir l’entretien avec l’éditrice) suivant une approche novatrice où l’information passe par la fiction. La protection de la nature et la biodiversité sont des thèmes dans les albums et les BD (Issa et Wassa).

Les questions de santé sont au centre de la collection d’albums Enfant et santé et de grand nombre d’autres ouvrages autour de diverses maladies, en particulier le sida, sur lequel il existe des titres pour tous les âges. L’éducation sexuelle et les droits des femmes sont abordés notamment par Mon livre : huit histoires pour grandir  et par des manuels pour adolescents.

Quelques ouvrages existent sur les sciences et les techniques (Les Petits chercheurs, Dantéma ou la préparation du sel marin en Guinée, J’apprends à peindre…). Quant aux activités, quelques livres de coloriage, dont les imagiers bilingues wolof Les Fruits du Sahel et Les Légumes du Sahel, le très beau Coloriages avec Chéri Samba, les cahiers d’activités des éditions Daada color autour de l’histoire, la géographie, les symboles, les personnalités…

Dans la plupart des ouvrages l’information est « incarnée », transmise par le biais d’une histoire, que ce soit dans des albums, des BD ou même des romans, qui peuvent être partiellement, voir presque totalement documentaires comme ceux de Claire Porquet .

Écrire aujourd’hui

La langue d’écriture est le français, sauf dans les cas mentionnés d’éditions en langues maternelles ; quelques éditions bilingues français-anglais paraissent au Cameroun, pays bilingue, et de plus en plus en Côte-d’Ivoire, signal d’une volonté d’ouvrir les enfants à d’autres mondes que le francophone.

Le registre est celui de la langue « bien parlée » ; les parlers propres aux enfants et aux adolescents et les expressions colloquiales locales n’apparaissent en général que dans les BD, dans la nouvelle collection Gos & Gars et dans quelques ouvrages parus en France.

Au fil des années, langue et style se sont adaptés pour convenir davantage aux tout-petits et aux enfants quand l’ouvrage leur est destiné ; si non, l’écriture peut être plus ou moins recherchée, savoureuse, poétique, précieuse. Elle est devenue en tout cas souvent dynamique et efficace.

Les « français d’Afrique »sont plus ou moins perceptibles, avec leurs spécificités de vocabulaire, de syntaxe et de style, d’une grande liberté mais toujours à l’intérieur du « correct »– comme par exemple dans la phrase « on eût dit un remake du déluge »36… Des termes, des phrases en langues africaines peuvent émailler le français. 

Le mode de narration est en général simple, linéaire37, avec, parfois, des récits à la première personne, et des récits-cadre (une vieille personne raconte à des enfants). La narration intègre l’enseignement, le message, de manière plus ou moins voilée ; les propos didactiques peuvent être appuyés et faire presque perdre le charme du récit. Cette intégration du discursif est l’une des formes que prend la liberté d’écriture par rapport aux genres, qui s’entremêlent souvent dans un même ouvrage – et pas seulement le conte qui, lui, en particulier, entre là où il veut, y compris dans les documentaires - et produit des livres originaux, comme Tourterelles de mon enfance ou Barka, l’ami de Sayouba… Liberté aussi pour l’irruption du merveilleux, le fantastique dans une histoire (pas seulement sous l’influence du conte, d’ailleurs : la série Le placard magique utilise le recours au placard qui permet de voyager, comme Le Monde de Narnia…). Liberté enfin dans le traitement des thèmes, qui peut être plein de délicatesse mais aussi très cru, et pour les fins, qui peuvent ne pas être heureuse

Illustrer aujourd’hui

L’illustration se confirme comme un aspect essentiel et particulièrement remarquable du livre pour la jeunesse, comme l’avait montré au monde entier l’exposition Amabhuku à la Foire de Bologne en 199938. Des illustrateurs présents dans l’exposition ont continué leur chemin, de nombreux autres ont surgi. Les grands formats, la belle fabrication ont permis mieux qu’avant l’expression des artistes, et ceci dans tous les genres.

L’illustration présente une grande variété de styles et de techniques, y compris la photographie. Elle utilise parfois des techniques spécifiquement africaines ou s’inspire de modes de représentation traditionnels : l’art sénoufo, les fixés sous verre sénégalais, les appliqués sur tissu de la cour des rois d’Abomey par exemple, participant ainsi à la transmission du patrimoine… La peinture populaire, celles des échoppes dans la rue, les pagnes sont aussi des sources d’inspiration. Si elles restent minoritaires, dans les dernières années se sont multipliées les illustrations dans un style « Disney » ou « dessins animées », avec leurs couleurs vives et leur rapport avec ce que les enfants voient sur les écrans qui font sûrement penser aux éditeurs que cela augure de bonnes ventes…

Outre la représentation de personnages, d'actions, d' informations des textes et le dialogue avec eux, ajoutant souvent une touche d’humour, l’illustration apporte de nouveaux éléments documentaires, car les illustrateurs se documentent soigneusement. Elle donne immensément à voir : des cadres de vie urbains et ruraux identifiables, des régions, des pays, du passé et du présent. On parcourt l’Afrique avec elle, de la main de grands artistes et d’autres moins grands - dans ce sens comme dans bien d’autres, le travail de Christian Epanya est extraordinaire.

Conclusion

Dans une continuité avec l’essor des années 1990, la littérature africaine pour la jeunesse s’est affirmée, s’est diversifiée, a élargi ses thèmes et son public, a gagné en intérêt et en qualité et aussi en reconnaissance à tous les niveaux : elle semble de plus en plus intégrée dans l’éducation et dans le paysage culturel et économique.

Elle assume son rôle éducatif, comme un véhicule précieux pour délivrer des connaissances, pour transmettre le patrimoine et des messages urgents. Mais elle s’assume aussi comme « littérature »,  avec ses mots et ses images propres, pour rire, pleurer, s’identifier, grandir, rêver, vivre des aventures, des découvertes ou des moments de poésie… Elle est souvent « rentrée dans les mœurs », éveillant le goût de lire – les livres mêmes en témoignent39… « Quand tu iras au marché de Bamako », dit un garçon à son père, « ramène-moi des livres, des petits, des grands, avec beaucoup d’images », ou bien « Un jour, pendant qu’il lit en riant, son père s’approche et lui demande : - Qu’est-ce qui te rend si content ? – C’est mon livre Papa, lui répond Gadjo »…

 









Notes et références

1 Il s’agit des titres conservés dans la collection de la Bibliothèque nationale de France. Cette collection unique est née au sein de La Joie par les livres en 1986, intégrée en 2008 à la BnF où la collection a continué de s’enrichir, notamment grâce aux dons des éditeurs. Il est certain que des livres nous ont “échappé” : 15 % peut-être ? Pour les livres en langues maternelles, les lacunes dans notre fonds sont plutôt de grands lacs.

2 Nous ne parlerons pas de tous ces livres pour enfants et jeunes que l’Afrique a inspiré à des auteurs et des illustrateurs dans le monde; on peut en trouver des excellents dans les bibliographies de Takam Tikou.

3 Marie Laurentin, « La littérature pour enfants d’Afrique francophone », in Viviana Quiñones (dir.), Faire vivre une bibliothèque jeunesse : Guide de l’animateur. Paris, La Joie par les livres, 2005.

4 Voir dans ce même dossier l’article de Rapahël Thierry « Un aperçu des dynamiques de l'édition africaine pour la jeunesse dans la prériode contemporaine ».

5 L’édition, davantage que la littérature, a été l’objet d’ouvrages de recherche, comme L’Édition de jeunesse francophone face à la mondialisation.

6 Ce chiffre n’inclut pas les ouvrages publiés à Kinshasa par Médiaspaul, que nous n’avons pas pu nous procurer.

7 Ces chiffres considèrent les co-éditions seulement pour le pays de production réelle du livre,  dans les cas ou les autres éditeurs ne sont impliqués que pour la distribution. Les fiches pays incluent, en revanche, tous les titres publiés par chaque éditeur, qu’elles soient ou non produites par lui.

8 Ceci malgré la disparition en 2003 des aides internationales à l’édition les plus importantes- celle du ministère français des Affaires étrangères (3 appels à projets de 1998 a 2003) et celle de l’OIF (7 appels, de 2000 a 2003) -, sauf au Sénégal où le Ministère de la Culture a mené une politique de soutien, et où la coopération canadienne a soutenu les éditions BLD.

9 Les coordonnées des maisons d’édition actives se trouvent sur http://takamtikou.bnf.fr  < Carnet d’adresses

10 Elles l’ont reçu respectivement en 2003, 2002 et 2005, et 2007. Ce prix a été créé en 1995 par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

11 16 petites livres pour petites mains (Bakamé), Bruna et la pintade et trois autres albums chez Ruisseaux d’Afrique,  Ubucuti bw'imbeba n'inzovu (Bakamé).

12 Le recueil de nouvelles Enfances et la nouvelle d’Alan Mabanckou Ma sœur étoile.

13 Sur l’édition numérique africaine, voir « Des ressources numériques africaines pour la jeunesse ».

14 Ceci grâce notamment à l’Alliance internationale des éditeurs indépendants et à L’Oiseau indigo.

15 Voir « Le don de livres numériques : quelles logiques et quels enjeux ? ».

16 Comme la FILDAK à Dakar, le Saliba puis le Festival International de Littérature de Jeunesse à Bamako, "Kalan Kadi", depuis 2011, les Journées nationales du livre pour enfants à Abidjan depuis 2011 (devenues internationales, puis Salon du livre pour enfants et adolescents en 2015), un  Festival du livre jeunesse se prépare pour 2017 à Conakry, qui sera cette année-là capitale mondiale du livre… En France, la présence des éditions africaines s’est accrue au Salon du livre de jeunesse de Seine-Saint-Denis à Montreuil, au Salon du livre de Paris, à Clichy et bien d’autres; ailleurs en Europe, au Salon de Genève, de Göteborg…

17 Comme "Le livre de jeunesse, un trésor africain" au Festival Mondial des Arts Nègres à Dakar en 2010.

18 Comme 100 titres pour 10 ans : Sélection de littérature par les libraires de l’AILF  (2014), avec 83 présentations de livres destinés aux jeunes lecteurs.

19 Outre le prix Alioune Diop mentionné, on peut citer le Prix du livre jeunesse de la Rentrée littéraire du Mali et les prix ivoiriens Jeanne de Cavally (plus décerné), le Prix du meilleur album octroyé pendant les Journées du livre pour enfants et le Grand Prix Kaïlcédra.  Hors Afrique, la Foire Internationale du Livre pour Enfants de Bologne (Italie) a remis le prix Nouveaux Horizons à Ubucuti bw’imbeba n’inzovu (Bakamé, Rwanda) en 2005 et le Prix du meilleur éditeur Jeunesse de l'année pour le continent africain aux éditions Donniya en 2015, Le Lièvre et la pintade (NEI/CEDA, Côte-d’Ivoire) a reçu une mention honorable au prestigieux Prix NOMA de l’édition africaine en 2007, Aya de Yopougon a remporté le Children’s Africana Book Award (États-Unis) en 2008, les albums de Bibi (Les Classiques ivoiriens) et Zannou : Sur les traces de Grand-père (Ruisseaux d’Afrique, Bénin) ont reçu le Prix français Saint-Exupéry Valeurs jeunesse en 2012 et en 2013, la sélection White Ravens 2015 inclut deux ouvrages africains…

20 « Ruisseaux d’Afrique au Bénin, une expérience au service du partage de la culture et des connaissances »  in  Édition et engagement. D’autres façons d’être éditeur ? Bibliodiversity, n° 4, février 2016. Sur l’engagement des éditeurs, voir aussi par exemple « Je rêve d’une Afrique où le livre est roi ».

21 Parmi les publications par des structures confessionnelles, citons la collection Le Monde à notre porte  de la bibliothèque du Centre culturel catholique de Korhogo (Côte’d’Ivoire) et  Kudumbar journal du foyer des jeunes de la mission catholique de Tokombéré dans l’Extrême-Nord du Cameroun ; parmi les éditions par des bibliothèques, celles de FAVL à Houndé (Burkina). La collection Un monde de familles, par exemple, est issue d’échanges France-Mali. Parmi les journaux, 100% jeune (Cameroun) développe des actions autour de la santé et de la sexualité…

22 Ainsi, Georgette Koyt-Deballé en Centrafrique, le collectif A3 au Cameroun...  

23 Sans compter les publications récentes de Médiaspaul, auxquelles nous n’avons pas pu avoir accès.

24 Le crowdfunding a permis la publication de la BD La Vie d’Ébene Buta.

25 Par exemple, D’ici à l’horizon, une Afrique : Chroniques jeunes Paris-Balanfina, Un livre pour 2 mains, les collections Le monde à notre porte et D’ici et là-bas.

26  L’exposition « Amabhuku », réalisée par La Joie par les livres, présentée à la Foire du livre pour enfants de Bologne en 1999 avait dévoilé au monde entier le talent de nombre d’entre eux.

27 Sauf exception, comme Véronique Tadjo, Alain Dzotap, Gnimdéwa Atakpama, Ousmane Diarra.

28 Léopold-Sedar Senghor, Abdoulaye Sadji, La Belle histoire de Leuk-le-lièvre : cours élémentaire des écoles d'Afrique noire. Paris, Istra, 1953. Disponible en édition facsimilaire chez Edicef.

29 Babacar Mbaye Ndaak dans « Les contes de l'association Leebon Ci Leer ».

30 On peut trouver sur YouTube (en cherchant « contes africains »ou « contes burkinabè », « contes congolais », etc. ou par les noms des conteurs) des performances plus ou moins produites : des festivals ou des séances filmés, des récits illustrés par des dessins animés ou fixes, avec accompagnement musical ; voir par exemple un conte de Maame Daour Wade. Les sites des conteurs proposent aussi des enregistrements, comme Kientega Pingdéwindé Gérard dit KPG, ainsi que d’autres sites comme « Conte-moi » et « Contes africains pour une culture de la paix » (enregistrements audio).

31 Il dit aussi « même si sur la couverture, c’est écrit « conte », je l’ai écrit comme un roman d’aventures, en douze chapitres ». En effet, le mot « conte » veut dire populairement « livre pour enfants ».

32 Christophe Cassiau-Haurie a écrit d’innombrables articles, que l’on peut lire sur Africultures, et de nombreux livres de référence comme Dictionnaire de la bande dessinée d'Afrique francophone

33 Signalons qu’Edicef garde disponibles, réédités dans les collections Afrique en poche et Buzz, les textes d’auteurs pour la plupart de la "première génération" (nés avant 1940) de presque tous les pays, dont nombre de récits d’enfance en milieu traditionnel, d’apprentissage et d’initiation, parfois confrontant ville et village, modernité et tradition.

34 Kodjo Attikpoé consacre à la violence un article richement documenté, « L’Empreinte de la violence dans le roman de jeunesse en Afrique francophone ».

35 Neuf numéros sont téléchargeables gratuitement.

36 Dans Naby Yoro. Le géant de Matakan.

37 Dans La Petite fille des eaux et Congo 50, l’histoire est racontée par des auteurs successifs.

38 Voir la note 26 et le catalogue d’exposition, Amabhuku : Illustrations d’Afrique. Clamart, La Joie par les livres, 1999.

39 Plusieurs livres le font ; nous citons ici Nabi mon frère et Le Syllabaire de Gadjo.



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